JEU d’IMAGES_2

 


7 films de Norman Mac Laren

Réalisateur : Norman Mac Laren

Opening Speech, 1961
Hen Hop, 1942jeux-images05
Caprice en couleurs, 1949
Canon, 1963
Le merle, 1958jeux-images07
Blinkity Blank,
1955
Il était une chaise, 1957

Année de création : entre 1942 et 1963, Canada

Durée : 47 minutes

 


 LE PROGRAMME

Le programme présente 7 courts métrages et révèle la variété des talents de Norman Mac Laren.
A travers des scènes mettant en jeu une chaise récalcitrante, un micro qui s’agite, des oiseaux qui dansent et se transforment, des jeux de lumières, des formes qui s’animent, dans des techniques et des styles différents, le spectateur découvre la fantaisie et l’inventivité d’un grand maître du cinéma expérimental.

Jeu d’images sur le site d’Enfants de cinéma, partenaire du dispositif « École et Cinéma » (résumé / notes d’intention / images)

Jeu d’images sur le site Nanouk, point de vue de Marcel Jean, producteur

 


 

 MOTS-CLES

Cinéma d’animation / Techniques d’animation / Inventivité / Couleurs / Musique / Jazz / Écriture

 


 NORMAN MAC LAREN

Norman Mc Laren est né en Ecosse en 1914.

En 1933, aux beaux-arts de Glasgow, étudiant passionné de cinéma, il trouve quelques bouts de pellicule. Il n’a pas de caméra. Alors, dans sa baignoire, il décape le film jusqu’à le rendre transparent. Puis, au pinceau, il le recouvre de graffitis.  On projette la bande. Légers, aériens, des points, des taches, des lignes sautillent joyeusement…
Norman Mac Laren n’a que 19 ans, il vient de réaliser ses trois premières minutes de cinéma sans caméra !

A partir de 1941, il s’installe au Canada et y réalise la plupart de ses films. Il s’intéresse à l’animation et la pratique dans des expérimentations diverses : traçage et grattage sur pellicule / préparation sur calque / superposition / mélange d’animation d’objets et de prise de vue avec acteurs / etc.
C’est un « bricoleur » qui est à l’origine de nombreuses techniques d’animation et qui innove aussi dans le domaine musical.

Humaniste, il dénoncera dans toute son œuvre la bêtise et l’ambition humaine. Il est mort à Montréal le 26 janvier 1987.

 


 

EN AVANT LA MUSIQUE

Les musiques qui accompagnent les films de Norman Mac Laren sont d’origines diverses mais toujours façonnées pour être en symbiose avec l’image.

Pour lui, l’œil voit ce que l’oreille entend et réciproquement:  l’œil entend, l’oreille voit.

Dans ses choix musicaux, Mac Laren a le souci de nous aider à voir. Il utilise des musiques et des chansons populaires, des musiques originales (jazz / musique indienne) et innove, crée du son en établissant de réelles correspondances physiques entre  les images et les notes de musique.
Pour cela, il va dessiner, à la main, une bande-son et obtient d’étranges sonorités qu’il mettra en lien avec les images qu’il produit.
Un film présenté sur le site de l’Office National du Film du Canada explique les procédés employés dans le dessin du son synthétique.

Le film Synchromie, 1971 de Norman Mac Laren sur le site Sonore et Visuel.
Ce site, dédié à l’histoire et l’actualité des arts sonores et audiovisuels présente Synchromie comme : un « Jeu de couleurs, de formes et de sons, ce film nous présente la gamme complète des couleurs de la palette et du clavier. La musique ne provient d’aucun instrument : McLaren a dessiné des sons synthétiques et il les a photographiés sur la bande sonore en conservant un parallélisme absolu entre le son et l’image. Synchromie, un film de «son animé» dans le vrai sens du terme ».

L’analyse des enjeux de la musique dans les films du programme est développée film par film . Les pistes pédagogiques propres à la musique sont signalées par EN AVANT LA MUSIQUE

 


FILM PAR FILM, DES PISTES PÉDAGOGIQUES

Opening Speech, (Discours de bienvenue), 1964, 6min52, noir et blanc
Un orateur confronté à un micro récalcitrant. Norman Mac Laren se met, lui-même en scène devant un micro, désirant souhaiter la bienvenue à une assistance, non repérée. Par un jeu de trucages, le micro s’anime, s’oppose et empêche l’orateur de faire son discours.
L’objet devient personnage principal du film et agit, réagit comme un humain, espiègle.
Par le jeu de répétition de gags, par l’absurdité de la situation, ce court film possède les caractéristiques du burlesque.
Techniques utilisées: jeu de ficelles / trucage en prises de vue réelles.
Avec les élèves :
Autour des gags et du caractère burlesque du film

  • Retrouver et décrire les moments où on rit dans le film
  • Définir ce qui est drôle, ce qui fait comique
  • Écrire un (des) court(s) scénario(i) mettant en scène un orateur dans des situations gaguesques
  • Mettre le scénario en scène

Autour des trucages

  • Imaginer et éventuellement expérimenter les trucages qui ont permis au  micro d’ être « autonome »

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Hen Hop, 1942, 3min39, couleur

Un court film d’animation dans lequel une poule se transforme au rythme d’une musique folklorique populaire. La force de ce moment réside dans l’attente et la surprise des transformations du personnage et dans l’accord parfait avec les variations musicales.

Dans le générique, Norman Mac Laren annonce la technique originale qu’il a utilisée pour la réalisation du film et utilise le terme de « film expérimental ».

Voir une image de la pellicule du film sur le site du Centre Georges Pompidou, Paris

La musique de ce film est une musique populaire, traditionnelle qui peut s’amalgamer à la valse ou au quadrille.
Le jeu de transformation de la poule s’inscrit dans un jeu dansé (quadrille ou valse)
La dynamique du film est donnée par l’harmonie entre les mouvements de l’image et les mouvements de la musique.

Avec les élèves :

EN AVANT LA MUSIQUE

  • Caractériser la musique entendu dans le film en essayant de la situer dans une époque, dans un style (musique de danse, musique religieuse, berceuse, etc.), dans un espace géographique. Faire le rapport avec la nationalité et le lieu de vie de Norman Mac Laren.
  • Caractériser la musique entendu dans le film en essayant de lui associer des adjectifs qualificatifs. Une liste d’adjectifs dans laquelle les élèves pourront faire un choix pourra être proposée.
  • Donner (chercher)  la définition du quadrille et établir des liens entre les images, la musique du film.

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Blinkity Blank, 1955, 5min15, couleurjeux-images06

C’est le film le plus étonnant de Mac Laren, de par la technique qu’il a utilisée pour sa réalisation.
Mac Laren joue aux peintres, utilise leurs techniques, en prenant une pellicule de film comme support. Il peint la pellicule en un noir bien opaque, y  grave des formes étranges avec un stylet ou d’autres outils pointus, il met ensuite ces formes  en couleur avec une brosse.  Et, ce sont ces formes, volatiles, qui surgiront comme des feux d’artifice sur l’écran.
Les couleurs, les formes lumineuses qui défilent, fascinent, perturbent les spectateurs. Elles sont évocatrices d’ oiseaux et  de leur rituel amoureux mais laissent aussi une grande place à l’imaginaire de chacun.

Ce film a obtenu la Palme d’Or de Cannes en 1955.

Avec les élèves :

  • Présenter une pellicule et expliquer le principe des films avant le numérique. Un petit film animé Opération Coucou, réalisé par Pierre M. Trudeau sur ce thème peut être montré aux élèves (à partir de 10’40). Il est disponible sur le site de  l’Office National du Film du Canada.
  • Si vous disposez d’anciennes pellicules, les montrer aux élèves. Les mettre à disposition des élèves pour des manipulations :  essayer de voir à travers la pellicule / éclairer la pellicule avec des lampes / des lampes de poche / la lumière du jour pour mieux percevoir les images.
  • Expliquez aux élèves la technique de grattage inventée par Mac Laren. Un court métrage documentaire sur le site de l’Office National du Film du Canada  présente le cinéaste Pierre Hébert, spécialiste de l’animation sans caméra, intervenant directement sur la pellicule à la façon de Norman Mac Laren. Ce film met en évidence l’extraordinaire savoir-faire de ces artistes : dextérité, rigueur, patience.
  • Si vous disposez d’anciennes pellicules, proposer aux élèves de mettre en oeuvre la technique de grattage inventée par Norman Mac Laren.

EN AVANT LA MUSIQUE

Le générique dans le jeu fort entre écrit et sons annonce l’importance de la musique dans ce film. Comme tout générique, il  précise le nom du compositeur  Maurice Blackburn et les noms des musiciens interprètes. Maurice Blackburn (1914 / 1988) a composé de nombreuses musiques de film canadien et particulièrement pour Mac Laren. Il s’est aussi essayé à l’animation filmée et à défriché de nouvelles techniques (animation sur écran d’épingles)

Musique et images se combinent parfaitement, comme si la pellicule avait trempée dans un bain de musique.
Avec les élèves, on pourra relever cette concordance:

  • proposer de réaliser deux listes de mots; l’une relative aux effets de l’image, l’autre relative aux effets des sons repéré lors du visionnage
  • faire apporter les précisions nécessaires pour une compréhension et une définition commune de tous les termes de chaque liste (apport de vocabulaire technique plastique et musical)
  • à partir de  Blinkity Blank, r echercher une association par paire des termes liés aux effets-‘image et des termes liés aux  effets-son.

 

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Canon, 1963, 9min13, couleur, bande sonore, sans paroles

Le titre de ce court métrage est éloquent. Norman Mac Laren y parle de  la musique mais l’engage différemment qu’avec juste une  bande son.
Il souhaite mettre en images le principe du canon, forme musicale polyphonique dans laquelle les différentes voix interprètent la même mélodie mais de manière différée amenant ainsi une superposition de la mélodie.

Différentes techniques d’animation sont proposées. Elles jouent sur des déplacements différés d’objets ou de personnages, selon une même trajectoire créant ainsi de vraies chorégraphies orchestrées par la musique.
Dans la bande sonore, Mac Laren utilise, entre autres musiques,  l’emblématique  chanson  « Frère Jacques », interprétée avec des sons électroniques.

Avec les élèves :
EN AVANT LA MUSQUE 

    • Déterminer les différences et les  points communs entre les trois courtes animations présentées dans Canon.
    • Observer, repérer le jeu des répétitions (de trajectoires / de musiques) de chaque petite séquence.
    • Expliquer ce qu’est un canon. Selon les compétences des élèves, donner une définition du canon.
    • Écouter des canons chantés
    • Apprendre à chanter  « Frère Jacques » en canon
    • Réaliser  un jeu de déplacements en canon: La classe est divisée en deux groupes se faisant face. Au signal, les élèves du groupe 1 se rendent lentement à un endroit déterminé en chantant. Au signal  2, les  élèves du groupe 2 se rendent lentement à l’endroit où était le groupe 1 en chantant. Et ainsi de suite. Ce jeu peut aussi s’envisager sans déplacement, avec des gestes (lever les bras très haut / s’accroupir / se relever / etc…

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Le Merle, 1958, 4 min, couleur, bande sonore

Ce film a été réalisé avec une animation de papier découpé. Il met en scène un merle qui, au rythme de la chanson populaire canadienne , perd tour tour à tour son bec, son cou, son œil, ses ailes, ses pattes, et qui les retrouve en double et en triple. Les lignes, éléments corporels du merle dansent sur la musique  et offrent à l’oeil d’entendre et à l’oreille de voir. L’adaptation musicale de la chanson est de Maurice Blackburn (voir Blinkity Blank))

Avec les élèves :

  • Apprendre la chanson « Mon merle »  Paroles disponibles (attention site commercial)
  • Réaliser des compositions plastiques éphémères et variables à l’aide de bandes de papier blanc (il serait intéressant de limiter la quantité de bandes de papier disponibles). Faire des photos des compositions réalisées.
  • Réaliser un court film d’animation en Stop Motion à partir d’une composition plastique de lignes et de points déplacés progressivement sur le support . Y ajouter du son.

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Caprice en couleurs, 1949, 7min 47, couleur, bande sonore, animation sans paroles

Caprice en couleurs est aussi construit selon la technique du grattage de pellicule. (voir ci-dessus, Blinkity Blank)

Le trio Oscar Peterson interprète quelques pièces de son répertoire que les cinéastes transcrivent en « image » avec, comme seuls guides, leur talent et leur libre imagination.
Pour cela,  Mac Laren a travaillé avec Evelyn Lambart, se libère du cadrage et  ne tient plus compte de la séparation des images. Les tracés se déploient sur toute la longueur de la pellicule.

Le film se présente en 3 parties
1.  Différentes procédés de marquage de la pellicule se mêlent tout au long d’une première partie dans laquelle des lignes, des points, des taches, des signes évoluent sur l’écran.
2. Lignes et points blancs  s’animent sur un fond noir dans un jeu très poétique et apaisant.
3. Des effets de matières, de couleurs, de lignes occupent l’espace de l’écran dans une continuité et une linéarité mettant en évidence le procédé de création utilisé par les artistes.

Avec les élèves :
(voir ci-dessus Blinkity Blank)

EN AVANT LA MUSQUE

  • Découvrir la musique de Oscar Peterson (1925 /2007) en écoutant des extraits
  • Constater la contemporanéité de Norman Mac Laren et d’Oscar Peterson
  • Constater la jeunesse d’Oscar Peterson lors de la réalisation du film et les engagements musicaux novateurs et audacieux de Mac Laren
  • Découvrir le Jazz et son histoire

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Il était une chaise, 1957, noir et blanc, sans parole

Ce court métrage peut se rapprocher de Opening Skeech, en ce qu’il présente un « duel » entre un homme et un objet récalcitrant : Une chaise blanche  résiste à un lecteur et invente toutes sortes de farces pour qu’il ne puisse pas s’asseoir.
Les mouvements expressifs  de la chaise en font  un personnage à part entière. Le film, au ton plutôt espiègle, voire badin,  offre  d’ailleurs une lecture possible d’un jeu de séduction entre l’objet et l’homme ou celle de la revendication du respect et de l’égalité de traitement.
La chaise est manipulée subtilement, comme une marionnette, grâce des fils invisibles.
La musique indienne de Ravir Shanka accompagne agréablement cette joutte.

Avec les élèves :
Autour du film

  • Retrouver et décrire les moments où on rit dans le film et les moyens mis en œuvre pour faire rire.
  • Émettre des hypothèses sur  les raisons qui poussent la chaise à se refuser. Rechercher les raisons présentes et perceptibles dans le film.
  • A partir de la connaissance de la fin du film, essayer de préciser  le « message » du film.

Autour des trucages :

  • Imaginer et éventuellement expérimenter les trucages qui ont permis à la chaise d’ être « autonome »
  • Équiper des objets divers (plus ou moins encombrants mais non fragiles) de ficelles accrochées à divers endroits de l’objet comme pour en faire des marionnettes à fils. Manipuler les fils pour faire déplacer, renverser, retourner l’objet.

EN AVANT LA MUSQUE 

  •  La Musique indienne de Ravir Shankar : Ravir Shankar se produit pour la première fois aux Etats-unis en 1956, il a alors 36 ans et veut faire connaitre, vulgariser la musique indienne.
    Le film « Les chaises » est produit par Mac Laren en 1957. On pourra faire consater aux élèves la réactivité artistique de Mac Laren.
    La musique  de Ravir Shankar inspirera dans les années 60, d’autres créateurs musicaux (Georges Harrison des Beatles / Brian Jones des Rolling Stones / Eric Clapton) qui apprécieront la particularité sonore de la sitar.
    Ravir Shankar fonde une école à Los Angelès en 1967 et particpera à des collaborations innattendues dans des genres divers : en musique classique avec Yehudi Menuhin ou Jean-Pierre Rampal / en jazz avec John Coltrane )
  • La sitar: A ne pas confondre avec la Cithare, est un instrument traditionnel, populaire de l’Inde qui se présente comme un grand luth avec un long manche. Il fait partie de la famille des cordes et émet un son vibrant et obsédant.   En général, il se joue accomagné de tablas, sorte de petit tambour.
    La sitar a été beaucoup utilisée dans les créations de musique pop des années 60/70.
    Ecoutez un extrait de sitar
    Ecoutez un extrait de musique pop avec SItar:  Norwegian Wood (Beatles) / Paint it black ( Rolling Stones)

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D’autres pistes de travail :

A noter, la place importante de l’écriture dans les films de Norman Mac Laren. Le générique fait partie intégrante de chaque petit film.
Selon les films, les écritures prennent des formes variées et sont animées selon diverses techniques en lien avec le contenu du film.
Un travail autour des  formes des lettres et de leurs diverses animations est possible.

Un repérage des différentes techniques d’animation présenté dans le programme permet d’engager un travail sur le cinéma d’animation et sa diversité.
Des aides et des références sont données sur la page  Jeux d’images dans le parcours découverte.

D’autres aides pédagogiques:
Le dossier Jeux d’images rédigé dans l’académie de Poitiers par Anne Foucher, conseillère pédagogique en éducation musicale.