LE PETIT FUGITIF

Film en noir et blanc
Le petit fugitif
Titre original : Little fugitive  

Année de réalisation : 1953

Réalisation : Morris Engel, Ruth Orkin, Ray Ashley
Oscar du meilleur scénarion en 1954

Dans le rôle de Joye: Richie Andrusco

Durée : 77 min

Version en français

La version originale sous-titrée (VOST) est disponible et peut être demandée au gérant de la salle.
Pour info: le film compte en tout et pour tout 2000 mots de dialogues. C’est donc un film particulièrement adapté pour une première séance en VOST.



LE FILM

Le petit fugitif   sur le site Nanouk, site pédagogique d’Enfants de Cinéma, partenaire du dispositif « École et Cinéma »

Le point de vue sur le film, rédigé par Pierre Gabaston, professeur des écoles, auteur de livres sur le cinéma et de cahiers de notes pour Ecole et Cinéma

Voir la bande annonce sur Youtube

Des informations sur le film sur le site Wikipédia



L’AFFICHE

Disponible en grand format  sur le site  Nanouk
site pédagogique d’Enfants de cinéma partenaire du dispositif « École et Cinéma »     

 

 

 



MOTS-CLÉS

Enfance, frère, erreur, émotions, fugue, aventure, plaisirs, culpabilité, fête foraine, plage, foule, solitude, retrouvailles



LES PERSONNAGES 

Le récit met en oeuvre très peu de personnages

___  Joye   ___ 

« C’est mon petit frère Joey. On dit qu’il est à croquer, ben, allez-y !
Joey n’est pas si mal, mais c’est un fardeau pour l’été car ma mère travaille et je dois le garder. Joey est futé, surtout pour les chevaux. Il ne pense qu’à ça ! Jamais vous ne verrez un gamin aussi dingue de chevaux. »
C’est ainsi que Joye est présenté au début du film, par son grand frère Lennie.

Joye est un petit garçon de 6/7 ans, plutôt mignon physiquement, relativement débrouillard.

Il est subordonné à son frère qui en a la charge en raison des congés d’été et de l’absence provisoire de leur maman.
Il subit le désœuvrement lié à des vacances ni dépaysées, ni aménagées et l’éprouve d’autant plus fortement qu’il est indésiré dans les quelques activités et jeux improvisés par les copains de son frère.
Au cours de son escapade, il sera capable d’indépendance, d’autonomie et d’initiatives qu’il prendra en fonction des situations qui se présentent et sans les anticiper.
Son aventure et ses réactions sont donc imprévisibles, et le film les suit;  ce qui donne une dynamique au film.
Ainsi,  Joye passe de la peur à l’émerveillement, de la panique à la distraction du jeu, de la solitude à la jouissance de la découverte.
Il vit des émotions et des sensations simples que l’expression de son visage et de son corps traduisent instantanément et dans une facilité d’alternance.
Joye est joué par  Richie Andrusco, un enfant que les réalisateurs ont repéré dans le parc de Coney Island et qui n’est pas un enfant-acteur, formaté par une école d’enfants acteurs telle qu’elles existaient dans les années 40/50 à Hollywood.

___  Lennie   ___ 

« Lui, c’est Lennie, c’est mon frère… Il a 12 ans aujourd’hui. C’est son cadeau d’anniversaire, l’harmonica. Et il joue du base-ball aussi. Il ne méritait pas de cadeau tellement il m’embête. »
C’est ainsi que Lennie est présenté au début du film, par son petit frère Joye.

Lennie est au début de son adolescence; il manifeste la différence d’âge et entre lui et son petit frère dont il a la garde dès le début du film. Lennie ressent son frère comme une charge et revendique  l‘indépendance et la même  liberté que  ses copains  plus grands semblent avoir.   La responsabilité de son petit frère est un fardeau pour lui et ce fardeau  sera ressenti comme décuplé lorsque la maman les laisse seuls.

Lennie semble être partagé entre un côté « gentil garçon obéissant » et un désir de libre arbitrage de ses occupations et de sa vie d’adolescent.
Il bougonne contre les contraintes que lui pose sa mère mais ne lui résiste pas vraiment.
Il se laisse facilement influencer par ses copains et les suit dans leurs choix, sans trop d’opposition.

___  La maman   ___ 

Elle élève seule ses deux enfants.
On devine une famille modeste, honorable.
La maman assume toutes ses tâches mais
 se repose aussi sur Lennie pour prendre des relais dans le quotidien.
Elle est plus consciencieuse qu’affectueuse et sentimentale. 

___  Les copains de Lennie  ___

Ce sont des adolescents qui occupent leur journée de vacances dans la rue, en se saisissant de jeux et de distractions avec peu de moyens matériels et des jouets plutôt modestes.
Ils investissent l’espace de la rue et les espaces alentour disponibles,  ils inventent leurs jeux qui relèvent, pour la plupart,  des défis de l’adolescence: imiter ce qui est vu au cinéma, se surpasser physiquement, se mesurer, se battre, faire des blagues, etc.
Ces jeux sont universels mais, en même temps, ils sont  représentatifs d’une société,  d’une époque et de ses activités.

Ce sont les copains de Lennie qui suggèrent et mettent en oeuvre la blague qui permettra à Lennie d’être délivré de son petit frère. Une blague d’adolescent…

Un des copains, Harry,  est plus offensif, plus belliqueux. Il prend plaisir à provoquer et tourmenter Joye. 

___  Jay  ___ 

Jay, l’employé du manège de poneys est un personnage qui a une place discrète mais influente pour la narration.
Il joue un rôle important aux yeux de Joye :

  • Joye le repère rapidement pour sa bienveillance
  • Joye l’apprécie pour leur intérêt commun des chevaux
  • Joye fonde une  relation de confiance avec lui
  • Peut-être Joye voit-il en lui une figure paternelle ?

Jay fait avancer la situation :

  • Jay s’inquiète de la durée de la présence  de Joye
  • Subtilement, Jay réussit à obtenir des informations sur Joye
  • Jay prend contact avec le frère de Joye et met ainsi fin à la fugue de Joye

___  Les personnages secondaires  ___

  • le photographe
  • le couple d’amoureux sur la plage
  • le ramasseur de bouteilles
  • la mère et son bébé
  • l’employé de la consigne de bouteilles

___  La foule  ___

Elle est anonyme
Elle est mouvante
Elle est délibérée et ses déplacements sont orientés vers l’objectif que les individus qui la composent se sont fixé
Elle est indifférente à Joye
Elle est troublante lorsque la caméra la filme en adoptant le point de vue de Joye.

Il faut dire que la caméra prélève ses images discrètement, parfois à la sauvette, dans les rues et dans la foule des baigneurs de Coney Island. Le metteur en scène  laisse ainsi à la foule son rôle de masse qui se presse, se bouscule dans l’indifférence des individus qui la composent.  Elle est réelle, authentique.

Avec les élèves :

  • Faire repérer les différents personnages
  • Faire dresser une carte d’identité de chaque personne.  Ce travail pourra être facilité par la mise à disposition d’étiquettes portant des qualificatifs que les élèves pourront associer aux personnages.
    Pour trouver  les images des personnages : le site Nanouk, rubrique Cinemalle
  • Interroger et laisser exprimer sa relation personnelle à quelques personnages

A votre disposition:



 UNE ÉPOQUE – LES ANNÉES CINQUANTE –

Le film a été tourné dans les rues de Brooklyn et dans le parc et sur les plages de Coney Island au début des années cinquante, avec très peu de moyens.
En se jouant dans l’authenticité d’un « décor », le film agit en quasi documentaire rapportant un contexte historique et social alors rarement vu au cinéma. L’histoire donne une image vivante d’un passé.

L’époque durant laquelle se déroule l’action est donc bien distante pour les élèves et l’environnement du film bien différent de leur univers quotidien.
L’approche de l’époque peut s’engager autour de différents points allant de l’aspect le plus
formel, le plus matériel du quotidien, en passant par l’environnement domestique, les jeux et les occupations de vacances, jusqu’aux valeurs de société, en passant par le développement de l’économie  des loisirs, la nature des  relations entre les enfants et les adultes.
Avec les élèves :

  • Faire relever tout ce qui parait insolite dans le film, au regard de ce que vivent les élèves dans leur quotidien. Les éléments rapportés par les élèves toucheront autant des objets matériels, des occupations que des relations humaines ou le rapport à la liberté, à l’autonomie
  •  Faire relever tous les objets et éléments de l’environnement (intérieur familial / moyens de transport/ quartier et rues / jeux / etc.) qui montrent que le film ne se passe pas aujourd’hui
  • Grâce à une complicité établie avec les grands-parents, faire rapporter des anecdotes, des images, des objets de l’époque des années 50/60 en France pour mieux cerner et «comprendre l’évolution des modes de vie en trois générations » (Cf: Programme 2015 du Cycle 2 § Questionner le monde, pages 68 et 72).


 L’ENFANCE / L’ADOLESCENCE

Le Petit Fugitif de Morris Engel et Les 400 coups  de François Truffaut ont en commun qu’il raconte une enfance dans les années 50/60. Les deux scénarios sont par ailleurs très proches avec les thématiques du rejet, de la fugue, du plaisir de la liberté, etc.
Morris Engel, comme François Truffaut s’inspire des souvenirs de son enfance.  Le cinéaste américain a, tout comme Joey, perdu son père très tôt et son apprentissage de la vie s’est fait dans la rue.

___  Les relations petit frère – grand frère   ___

La nature  des relations entre les deux frères est affichée dès le début du film. Ils ne se détestent pas mais se subissent l’un l’autre. Chacun se trouve en situation de dépendance de l’autre et c’est ce qui rend leurs rapports difficiles. La différence d’âge et donc de préoccupations et d’activités  est aussi une des raisons des tensions entre les deux frères. 

Avec les élèves :

  • Faire inventorier les situations vécues avec désagrément par Joye à cause de Lennie 
  • Faire inventorier les situations vécues avec désagrément par  Lennie à cause de Joye
  • Proposer aux élèves de se faire l’avocat de Joye et défendre son point de vue ou l’avocat de Lennie et défendre son point de vue
  • Faire expliquer les anicroches et permettre de prendre conscience des non-dits
  • Proposer de jouer une des scènes et exprimer ouvertement les ressentis, les jalousies, les frustrations
  • Faire inventorier les situations de complicités entre les deux frères
  • Éventuellement permettre d’interroger sa relation à sa fratrie (à l’oral ou par écrit ou même, de manière personnelle et intime, sans aucun rendu attendu)

 

___  Le monde des copains  ___

Le cercle amical de Lennie prédomine et Joye en fait partie sans y être accepté.
Il est considéré comme « le petit » mais veut être comme les grands.

Lennie occupe une position particulière, coincé entre le désir de faire partie de la bande et d’être comme ses copains et la responsabilité qu’il a de s’occuper de son petit frère.

La relation des 3 aînés semble plus être une relation liée au  désœuvrement qu’une vraie relation choisie par amitié.
Dans cette relation, Harry s’impose comme le leader. Il manifeste surtout son leader-ship  envers Joye qu’il aime tourmenter.

Avec les élèves :

  • Faire établir et présenter le jeu relationnel entre les 4 personnages
  • Faire approfondir et qualifier la relation de Harry à Joye. Justifier les réponses avec des exemples puisées dans le film. tenter de percer le gain  pour  Harry de son emprise sur Joye
  •  S’intéresser au statut particulier de Lennie, le comprendre, l’expliquer
  • Faire rechercher les différentes activités et occupations dans la journée
  • Faire recenser toutes les solutions envisagées pour se débarrasser de Joye
  • Engager à en mesurer la faisabilité, la pertinence, l’insolence
  • Faire expliciter «la mauvaise blague» et la blague dans la blague (à l’oral ou par écrit)
  • Inviter les élèves à se mettre dans la situation de copains et de Lennie et à inventer des moyens de se débarrasser de Joye. On pourra déterminer avant ensemble si on choisit d’inventer des moyens complètement farfelus, des moyens envisageables mais peu bienveillants ou/et des moyens réalisables et favorables à tous.

 

___  Les jeux ___  Le temps des défis  ___

Le scénario se situe en été, apparemment pendant les vacances scolaires.
Les enfants sont livrés à eux-mêmes, « traînent « dans leur quartier et se saisissent

On retrouve une notion de défi dans presque tous leurs jeux d’adolescents; les jeunes se narguent, se mesurent au sport, au tir, s’opposent, rivalisent et se battent. 

Avec les élèves :

  • Retrouver ensemble tous les jeux et occupations des jeunes.
  • Inviter les élèves à les mettre en relation avec leurs jeux et occupations (en période scolaire et en période de congés scolaires.)
  • Situer la « blague » dans l’ensemble des occupations des jeunes
  • Faire réfléchir à l’intention réelle de Lennie et de ses amis et mettre en valeur l’écart entre cette intention et la tournure que prend la « blague »
  • S’intéresser à  la bagarre; son déclenchement, la raison profonde de son déclenchement, la réaction de chaque personnage

 

___  Vouloir faire comme les grands  ___

Joye évolue dans un contexte de grands et de jeux de grands. On le voit de temps en temps occupé seul mais il est plutôt attiré par les jeux que pratiquent ses aînés.
Il veut faire comme les grands et veut être capable des mêmes choses qu’eux.

Durant son aventure à Coney Island,  il se mesurera dans les mêmes activités que celles pratiquées dans la rue,  y mimera les gestes des grands,  s’exercera au Baseball, au lancer de balles, répétera ses activités pour faire progresser ses performances. 



VIVRE UNE AVENTURE, JOUER, S’AMUSER et GRANDIR

___   S’enfuir  ___ 

Le geste de Joye de s’enfuir est spontané mais fait avec une certaine lucidité; Joye s’empare de l’argent dont il sait qu’il aura besoin. Il part sans destination précises et certainement sans savoir ce qu’il va faire et comment il va s’organiser.

Avec les élèves :

  • Revenir sur le titre et faire définir le terme -fugitif-
  • Proposer d’inscrire le mot dans des phrases mettant en jeu des situations diverses. Éventuellement, proposer d’adjoindre des termes similaires (fugue / fuguer / s’enfuir / s’évader )
  • Prendre la mesure des différents niveaux de « gravité » des situations exprimées
  • Discuter de la fugue de Joye et, selon le point de vue des élèves, les engager à défendre ou à condamner l’acte de Joye en argumentant
  • Envisager d’autres réactions comme réponse  à l’auto-accusation de « meurtre »   et à ses conséquences

A votre disposition:

 

___   Jouer ___   S’amuser   ___

C’est le hasard de la fugue qui mène Joye vers Coney Island.
Il va se retrouver dans un univers attirant, distrayant dans lequel il va évoluer et se débrouiller seul.
Un univers dans lequel il va « grandir » tout en restant l’enfant insouciant dont la priorité est de se faire plaisir,  de réaliser ses rêves et d’être comme les grands.

Le film sublime toutes les contradictions de l’enfance et 

Avec les élèves :

  • Faire recenser tous les jeux auxquels Joye accède dans le parc d’attraction
  • Repérer quelques autres attractions
  • Expliquer les choix des jeux de Joye et sa persévérance
  • Faire recenser les jeux que Joye pratique hors cadre organisé (marcher sur les bidons de lait par exemple)
  • Repérer ce qui déclenche les moments où Joye retrouve les scrupules de ce qu’il pense être son acte meurtrier

 

___  Entre plaisirs et culpabilité  ___

Le film révèle avec brio les sentiments contradictoires qui assaillent le petit garçon.
Le naturel du jeu de l’acteur y contribue à ce brio: 

  • la culpabilité d’avoir tué son frère,
  • le plaisir des attractions qu’il rencontre et qu’il fréquente
  • la peur
  • la méfiance
  • l’insouciance 
  • la complicité
  • la solitude 

Les expressions corporelles et les expressions du visage de Joye captées en gros plan sont éloquentes, ces images sont renforcées de musiques et sons tout aussi expressives.

Avec les élèves : 

  • Évoquer les moments de plaisirs et les moments de désarroi de Joye
  • Nommer les différentes  ressentis et les différents sentiments qui peuvent être repérés dans le film.
  • Imaginer pour une même situation (situation à choisir ensemble), d’autres ressentis et d’autres sentiments qui pourraient animer Joye
    Les élèves pourront se mettre à la place de Joye et faire allusion aux ressentis et sentiments qui les animeraient dans un tel moment
  • Repérer ce qui déclenche chez Joye le retour des scrupules de son « acte meurtrier »
  • S’interroger sur la manière dont les différentes humeurs de Joye sont montrées dans le film.
    La parole ? Les cris ? Les pleurs ? Les rires ? Les expressions de visage ? Les expressions du corps ? La place de la caméra ? La musique ? Des sons ? Le rythme d’enchaînement des images  ? Autres moyens ?
    L’enseignant peut proposer cette liste aux élèves et les laisser discerner les moyens mis en oeuvre en argumentant à l’aide d’exemples d’images retenues lors de la séance
  • Repérer les changements d’humeur de Joye en présentant des images du petit fugitif (gros plan et plan moyen). Un document est disponible.
    Évoquer les différentes expressions et les mettre en lien avec les situations qui les ont déclenchées
  • Proposer les mêmes images du petit fugitif avec un phylactère vide associé à chaque image. Inviter les élèves à mettre en mots les émotions ressenties par Joye.  Un document avec les images et les phylactères et les aides pédagogiques est disponible.

A votre disposition:

 

___  Une aventure initiatique ?   ___

Avec une économie de moyens et de paroles, grâce à des images fortes, Morris Engel livre un double récit initiatique.

;;;;;;;;;;;;Joey va apprendre de son parcours à Coney Island

;;;;;;;;;;; Lenie va apprendre des conséquences de sa plaisanterie et de l’amitié

Avec les élèves : 

  • Engager à évoquer tout ce que Joye va faire lors de sa fugue et qu’il ne fait pas d’habitude
  • Engager à évoquer tout ce que Joye ressent lors de sa fugue.  Cet inventaire peut faire l’objet d’un classement entre « ressentis de plaisir » et « ressentis de malaise »
  • Évoquer des apprentissages que Joye fait au cours de son escapade
  • Trouver un vocabulaire adapté  pour  définir ces apprentissages  (la responsabilité / la culpabilité / la valeur du travail / le partage / etc.). Lister
  • La même recherche et le même travail de réflexion se fera pour Lennie qui apprend la force de la vérité, la faiblesse de la soumission, l’intérêt de la méfiance, la responsabilité et quelques autres valeurs

Avec ce film, Morris Engel révèle la complexité de l’enfance.

Il met des images sur tous les affects qui agitent l’enfance et met en scénario la complexité de l’enfance.
Les enseignants rendront les élèves attentifs aux procédés utilisés par Morris Engel pour suggérer l’ambivalence de la situation vécue par Joye.
L’objectif est de faire comprendre aux élèves combien la composition des images, le choix des musiques soutiennent davantage des ressentis et des émotions que le déroulé d’une narration et fournissent aux spectateurs des indications sur une époque et son ambiance.



LA BANDE-IMAGE et LA BANDE-SON 

Le Petit Fugitif est reconnu comme un film novateur pour son époque; il pose des bases pour les transformations qui se feront dans le domaine du cinéma.
Parmi ces innovations, on  peut citer :

  • l’emploi d’une caméra légère qui permet de suivre les acteurs en direct. La caméra sera fabriqué spécialement pour Morris Engel, pour ce film. Ce prototype de 35 mm sera amélioré et se répandra dans le monde du cinéma
  • un film dont  la force est de plonger le spectateur au plus près de l’action de la scène
  • une caméra à la fois très mobile pour suivre l’action et parfois fixe pour donner le temps de l’observation au spectateur
  • la simplicité du scénario
  • des acteurs amateurs. Engel choisit de ne pas s’appuyer sur les acteurs-enfants, gentils modèles, particulièrement prisés  du cinéma hollywoodien et la plupart du temps formatés dans une école
  • un déroulement de scénario dans un décor réel ( rues de Brooklyn / parc et plages de Coney Island)
  • le choix de tourner incognito et de capter des images authentiques
  • un film narratif et documentaire
  • peu de moyens financiers et peu de temps de tournage (juillet/septembre1952)

 « Un film « ouvert » à toutes les propositions du réel, du hasard, des aléas de la
météo, des idées et des envies de scènes du petit acteur » Alain Bergala, critique de cinéma français 

« Notre Nouvelle Vague n’aurait jamais eu lieu si le jeune Américain Morris Engel ne nous avait pas montré la voie de la production indépendante avec son beau film, Le Petit Fugitif. » François Truffaut – réalisateur de Les Quatre cents coups , 1959. Il est  notoire que le film de Engel l’a influencé  pour la réalisation des  Quatre cents coups. Truffaut, comme pour honorer cette source d’ inspiration glisse dans son film une scène similaire à une même scène du Petit fugitif (Antoine Doinel se lave le visage après son escapade = même scène, mêmes circonstances pour Joye)

___  Les choix filmiques    ___

Le dispositif de création du Petit Fugitif mélange des plans établis, des plans volés de foule, des images cachées de la vie en 1952 aux Etats-Unis.

  • Il mélange  des prises de vue en gros plan, en plongée, en contre-plongée, en plan d’ensemble.
    Ces différents procédés sont appliqués aux images qui captent Joye et servent alors à révéler au spectateur le parcours et les émotions de Joye.
    Mais ces procédés sont aussi utilisés pour capter ce que Joye voit et vit, mettant alors le spectateur à la place de Joye. Elles servent  alors à s’identifier au personnage et à avoir les mêmes ressentis que lui.
    Le gros plan sert aussi  pour des objets phare dans la vie et l’aventure de Joye (les chevaux / l’harmonica / les bouteilles vides) ou pour amplifier le récit (l’espèce de clown démoniaque)
  • A ces images, s’ajoute des images inattendus, prises de vue à hauteur d’enfant. Elles épousent  le regard de Joye et permettent au spectateur de se plonger dans son univers  et d’avoir plus facilement accès à ses ressentis.
    Ces images ont été prises au hasard des passants, ignorant qu’ils prennent part à un tournage de film.
  • Des images en mouvement avec la caméra qui suit Joye ou qui se met à la place de Joye en action s’opposent à  des plans fixes qui permettent
  • Des images proches de la photographie;
    …….un regard poussé vers l’ombre et la lumière
    …..-– la captation d’images dans l’esprit des mouvements photographiques de l’époque visant à saisir des ambiances, des visages, des détails révélateurs du quotidien des quartiers populaires (Cf: Doisneau)
    Les réalisateurs sont  des photographes confirmés.
    …..

Avec les élèves:

  • Rendre les élèves attentifs aux différentes manières dont Joye a été filmé
  • Recenser quelques différentes manières et Utiliser  le vocabulaire technique
    (isolé/ dans la foule –  en gros plan / en plan d’ensemble – caméra au ras du sol / en contre-plongée – en position d’acteur / en position de spectateur)
  • Considérer et expliquer les effets obtenus par les différentes prises de vue

 

___  La musique  ___

Les musiques de la bande-son:

Avec les élèves :

  • Écouter les différents airs de musique. Leur associer une ambiance en recherchant des situations adéquates (du film ou d’autres) puis des qualificatifs.
  • Associer chaque à un épisode de l’histoire du film. Justifier les choix faits.
  • Faire des recherches sur l’instrument de musique Harmonica
  • Écouter des extraits de musique présentant des airs d’harmonica
  • Regarder les 3 premières minutes de la vidéo sur l’histoire de l’harmonica 

A votre disposition:

 



MORCEAUX CHOISIS – D’AUTRES PISTES –

___  An american way of life ___

Le Petit Fugitif est un inestimable témoignage de son époque.

 Le film transmet non seulement des images et des ambiances de Brooklyn en 1952 mais aussi et surtout, l’atmosphère du parc de Coney Island.
Coney Island était très  fréquentée  dans les années cinquante et symbolisait bien le goût  nouveau de l’époque pour les loisirs

C’est d’ailleurs l’ensemble des transformations de la société dans les années cinquantes  qui peut être « lu »  dans le film avec l’arrivée de :

  • société de loisirs
  • loisirs de masse
  • montée d’une classe moyenne
  • individualisme
  • société de consommation
  • impact de coca-cola sur la culture américaine
  • début de la nourriture dite nomade

___  Des objets significatifs  ___   des objets récurrents   ___

Les objets sont le témoignage d’une culture, avec à la fois des éléments relevant de l’histoire des Etats-Unis et d’autres complètement inscrits dans  l’époque de tournage du film.
Tous les objets récurrents dans le film fonctionnent  aujourd’hui comme des stéréotypes des Etats-Unis.

  • le cow-boy,  personnage mythique incarnant les valeurs américaines qui participe de l’histoire des Etats-unis et fascine les enfants mais aussi des adultes américains  qui continuent à s’identifier à ce personnage
  • le cheval qui est indispensable au cow-boy pour assurer la surveillance des troupeaux de boeufs (cow),  pour attraper les bêtes pour les marquer et pour  assurer les déplacements liés à  la transhumance. Le cheval renforce l’image d’un homme libre, solitaire et nomade.  Un vieux dicton de l’Ouest dit qu’un homme à pied est tout sauf un homme.
  • l’harmonica, instrument présent dans les musiques folkloriques américaines.  Originaire d’Europe, en particulier d’Allemagne,  l’harmonica a surtout prospéré aux États-Unis dans les orchestres de blues en raison de sa grande expressivité et de son faible coût à l’achat.
  • les comics lus par les garçons dans la rue. Ce sont des bandes dessinées dont le nom vient de « comique »; les premières BD publiées aux Etats-Unis étaient humoristiques.
  • le coca-cola bu par Joye mais aussi représenté par sa bouteille caractéristique, dans les scènes de récupération des consignes, dans  les supports de publicité et par les armoires-réfrigérateurs de vente libre-service.
    La marque qui existe depuis 1886 instruit  un monde merveilleux à travers ses produits et ses publicités.
  • la nourriture mangée par Joye dans le parc de jeux : hot-dog /  maïs / pastèque /barbe à papa / pop-corn.  A noter que la pastèque et le maïs sont mangés par Joye dans une gestuelle similaire à celle prise pour jouer de l’harmonica

A votre disposition:

___  Des images très graphiques  ___

Le regard du spectateur ne peut qu’être séduit par les plans présentant des images très graphiques, proches de photographies artistiques.
Morris Engel et Ruth Orkin sont photographes et leur regard de metteurs en scène en est influencé.

Parmi les procédés utilisés  dans les images du film, on peut noter:

  • le noir et blanc qui donne au film sa portée photographique et exalte les reliefs et les contrastes
  • le jeu des ombres et de la lumière pour sculpter l’espace
  • les contre-jours
  • la captation de jeux de lignes très graphiques.  Ces images sont soulignées par les divertissements de Joye qui va utiliser ces objets alignés pour des défis ludiques (marcher sur les bidons de lait  / sur les bancs alignés / etc.)


LE FILM DANS LE PARCOURS « PAR HASARD »

La notion de hasard est doublement présente dans le film:

  • par le choix de tournage et la prise d’images discrètement, à la sauvette, au hasard de la foule dans la rue et sur la plage
  • par le choix de Morris Engel de ne pas trop scénariser le film mais de laisser Richie Andrusco qui tient le rôle de Joye, être lui-même et  vivre l’escapade comme il l’entend plutôt que d’être un acteur qui joue un rôle. Richie a été à l’origine de certaines scènes qui ont été retenues par les réalisateurs
  • le hasard dans l’errance du petit fugitif


DES RÉFÉRENCES ET DES CLINS D’OEIL CULTURELS 

___  Patrimoine  ___

  • Engel évoque le western (l’harmonica qui survole tout le film, la tenue de cow-boy de Joey, les chevaux du manège)

___  Cinéma ___

  • François Truffaut (1932-1984), Les 400 coups, 1959

___  Arts plastiques ___   Arts Visuels   ___

___  Musique   ___

  • Voir ci-dessus – la rubrique « Bande son « 


Des dossiers pour l’enseignant:



 Fabienne PY  —  Conseillère pédagogique en arts visuels  —  Coordinatrice EetC67
_______    DSDEN du Bas-Rhin   _______
Publié le 15/02/2019