L’HOMME QUI RETRECIT

Film en noir et blanc
L’homme qui rétrécit  
Titre original :  The Incredible Shrinking Man 

Année de réalisation : 1957
Film de science fiction
Réalisation : Jack Arnold
Scénario : Richard Matheson, d’après son roman.
Durée : 81 min

Version en français
La version originale sous-titrée est disponible et peut être demandée au gérant de la salle.



LE FILM

L’homme qui rétrécit   sur le site Nanouk, site pédagogique d’Enfants de cinéma partenaire du dispositif « École et Cinéma »

Le point de vue sur le film, rédigé par Hervé Joubert-Laurencin, professeur d’études cinématographiques à l’université Paris Nanterre

Voir la bande annonce sur You tube, présentation par Orson Wells

Des informations sur le film sur le site Wikipédia



L’AFFICHE

Disponible en grand format  sur le site  Nanouk,
site pédagogique d’Enfants de cinéma partenaire du dispositif « École et Cinéma »

 

L’affiche se décline sous 6 formes différentes



MOTS-CLÉS

Fantastique, Fiction, Métamorphose, Grand-Petit, Danger quotidien, Trucages et effets spéciaux, Adaptation de roman,



LES PERSONNAGES 

___  Scott Carey    ___

C’est le personnage principal et le « héros » du film.
C’est lui qui rétrécit et qui voit sa vie se transformer, jusqu’à devenir infernale.
Ses transformations le rendent vulnérable, nerveux parfois désespéré mais, il reste combatif. Tout au long de son aventure, il témoigne de détermination et d’une volonté de vivre et de s’en sortir.

___  Louise Carey    ___

C’est l’épouse de Scott qui va  l’accompagner tout au long de ses transformations.  Sa vie va aussi être transformée. Non seulement, elle est touchée affectivement mais elle se fait un point d’honneur d’ organiser l’environnement domestique pour l’adapter aux situations physiques de Scott.   Elle se montre particulièrement attentive et attentionnée mais on retient d’elle aussi une certaine timidité et le besoin de s’appuyer sur son beau-frère.

___  Clarice   ___

Scott rencontre Clarice dans une fête foraine et, pendant un temps, une complicité s’établit entre-eux; Clarice est naine.
Scott et Clarice  peuvent partager leur préoccupation. Clarice va aider Scott à accepter sa condition et sa différence. Mais un jour, Scott va se rendre compte qu’il continue à rétrécir,  qu’il devient plus petit que Clarice.

___  Le chat Kitty  ___

A partir du moment où il commence à ne plus reconnaître son maître, il devient un réel danger pour Scott. C’est ce moment qui fait basculer Scott dans un autre monde. 

Avec les élèves: 

  • Lister tous les indices qui montrent que Scott rétrécit
  • Ordonner ces  transformations progressives:  des symptômes presque imperceptibles du début jusqu’à la miniaturisation finale 
  • Établir les grandes étapes de sa transformation
  • Pour chaque étape repérée, déterminer
    • ses lieux de vie, 
    • l’évolution de son caractère et son humeur,
    • l’évolution de ses relations à son épouse et à son entourage aux autres
  • Répertorier les difficultés que rencontrent Scott au fur et à mesure de son changement
  • Répertorier les dangers qui menacent Scott, au fur et à mesure de son changement
  • Lister quelques solutions de débrouillardise que Scott invente pour survivre. Estimer leur efficacité. Émettre d’autres possibilités.


LE TITRE 

Le titre français « L’homme qui rétrécit »
Le titre anglais « The incredible shrinking man », littéralement « l’incroyable homme qui rétrécit ».

Il n’est pas besoin de comprendre ou parler  l’anglais, pour percevoir la présence de l’adjectif « incredible » et comprendre que le titre anglais donne au film, d’entrée, une dimension fictionnelle supplémentaire.

Avec les élèves:

  • Donner à faire la différence entre les deux titres
  • Traduire « incredible« 
  • Lister des synonymes à incredible
  • Argumenter sur la plus-value, l’intérêt ou l’inutilité d’ajouter un adjectif au titre
  • Trouver d’autres qualificatifs à apporter au titre et mesurer la portée de ces apports.


PETIT-GRAND: LE RAPPORT D’ ÉCHELLE  

Le rapport d’échelle est la problématique du film aussi bien dans le volet narratif que dans les enjeux filmiques.
Les étapes de transformation du héros amène progressivement à des situations où le rapport d’échelle est de plus en plus notoire. La miniaturisation du personnage et le décalage entre lui et le monde qui l’environne amènent le film dans une ambiance angoissante.

Au quotidien, l’enfant, et surtout le très jeune enfant, vit aussi ce décalage avec  les espaces et l’univers des objets qui l’entourent et qui ne sont pour la plupart pas  adaptés à sa taille.

La question de l’échelle et le rapport d’échelle interpellent l’univers des arts plastiques. Des artistes reproduisent des objets en les surdimensionnant, des artistes reproduisent des objets en les miniaturisant, des artistes réalisent volontairement des  décalages de taille dans leurs productions, des artistes bousculent volontairement la perspective.

Le scénario du film L’homme qui rétrécit joue de façon prédominante sur la transformation physique du personnage mais propose aussi une lecture sociale peut-être plus délicate à percevoir pour les élèves.
Jack Arnold cherche de manière imagée à critiquer le fonctionnement de la classe moyenne en pointant le statut et la place anodins de Scott Carey dans la société et dans sa vie familiale. La relation de domination de son  frère domine et la relation maternante  de son épouse apparaissent de plus en plus notoirement au fur et à mesure du changement de Scott. Toute sa vie est montrée comme quelconque, terne. Lui aussi est insignifiant, peu battant, surtout au début de sa situation incroyable.

Avec les élèves:

  •  Engager les élèves à écrire une phrase sous la forme ET alors…. qui serait la phrase finale d’une histoire (aventure / anecdote) et qui présentera un décalage grand / petit. Par exemple : Et alors, la grande semelle écrasa la petite fleur ou Et alors, de la petit boite sortit une grande fleur.
    Reprendre les mêmes phrases, remplacer grand et petit par d’autres  qualificatifs pour donner plus de  force de la phrase. 
    Par exemple : Et alors, l’immense semelle écrasa la minuscule fleur ou Et alors, de la mignonne boite sortit une fleur gigantesque.
    ….Une recherche de qualificatifs peut être proposée aux élèves en amont. Un liste de qualificatifs déjà établie peut être mise à disposition des élèves; il sera alors utile de les définir avec précision ensemble afin d’en saisir les nuances.
    ….Ce travail doit permettre aussi de mettre en évidence les qualificatifs plutôt  liés à l’aspect physique, les qualificatifs en lien avec le mental, les qualificatifs impliquant un jugement de valeur.
    ….Ce travail doit aussi permettre de comprendre la dimension métaphorique des qualificatifs, lorsqu’ils évoquent autre chose que l’aspect physique et qu’ils abordent 
    la valeur d’un personnage ou la place dans la hiérarchie sociale. C’est idée pourra être développée avec les élèves du cycle 3, afin de compléter l’analyse du film.
    Accéder à une liste de qualificatifs_petit_grand
  • Dans le cadre des enseignements des arts plastiques, réaliser des productions plastiques mettant en jeu  la problématique « Petit/Grand »
    Les propositions sont à moduler selon l’âge

    • Avec des objets ou des figurines choisis pour leur différence de taille et mis en scène entre-eux pour créer un décalage. (Les élèves sont rendus attentifs à la notion de rapport d’échelle, expérimente différentes organisations des objets dans l’espace). La production plastique peut ouvrir à une narration.
    • Avec un objet ou une figurine choisi pour sa taille, mis en scène dans un décor réel et photographié de manière à donner à l’objet ou à la figurine un effet d’immensité. (Les élèves sont rendus attentifs à la manière de cadrer la photographie, expérimentent différents points de vue et constatent les effets).
  • Présenter des reproductions d’oeuvres d’art mettant en scène le rapport d’échelle (voir ci-dessous, le chapitre Des références et des clins d’oeil culturels)


BANDE-IMAGE / BANDE-SON

___   La notion d’échelle    ___

C’est l’enjeu de tout le film, tant sur le pan narratif que sur le plan filmique.
(Voir ci-dessus)

___   Les trucages    ___

Les procédés utilisés pour  les effets spéciaux sont relativement simples et classiques:

  • Le décor et les objets rencontrés ou manipulés par le personnage sont disproportionnés par rapport à lui
  • Des images sont superposées comme par exemple le personnage filmé de loin incrustée sur une image filmée en gros plan
  • Jouer sur des effets de perspective

Voir des petites scènes servant de jingles pour la pub sur France 2 utilisant ces trucages  en 2006/2007

___   Les points de vue    ___

En parallèle des transformations de Scott,  le point de vue de la caméra se transforme.
La caméra est à hauteur des yeux des personnages, tant que Scott a une taille d’adulte dans la norme. Puis, lorsqu’il commence à rétrécir, la caméra saisit les images en plongée ou en contre-plongée, pour adopter le point de vue de Scott.
Ce choix de prise de vue permet d’intensifier les dangers qui menacent Scott et de marquer sa vulnérabilité.
___   Les fondus-enchaînés    ___

« Le film comporte trente-cinq fondus enchaînés, nombre inhabituel même pour un film classique et de série B, dans lesquels ils constituent un signe de ponctuation commode et traditionnel. Certes, ces fondus- enchaînés permettent, classique-ment, de donner de la fluidité au récit pour mieux traduire le pas-sage du temps ; ils ont toujours, peu ou prou, valeur d’ellipse temporelle, articulent presque systématiquement les séquences du film, et s’insèrent dans un récit de la fuite du temps et de la course contre la montre. Mais surtout, ils prennent ici une vie propre, et se trouvent employés, à très bon escient dans ce film, pour ce qu’ils sont : des espèces de rayons X du cinéma, des transperceurs de corps et de décors. Ils constituent une sorte d’irradiation diffuse, à la fois régulière et imperceptible, du récit. Carey, d’ailleurs, est un personnage qui fond, qui se dissout, et il est enchaîné à sa condition (en anglais, fondu enchaîné se dit a dissolve).

Les deux plus belles figurations de son état sont deux fondus. Celui de la fin de la séquence 5, où le visage inquiet de Robert Scott disparaît et renaît dans sa propre radiographie : comment dire mieux que son corps rétrécit, se résorbe en lui-même ? Comment mieux dire le tragique de la maladie incurable, de l’autre infestant le moi-même ? Celui de l’ellipse temporelle de la séquence 20 ensuite, qui voit un corps plus grand contenir un corps plus petit parce que cadré autrement, et aussi fendu littéralement par la brèche de la caisse à chiffons d’où il parviendra à s’échapper. »
Hervé Joubert-Laurencin    Extraits: Le point de vue de l’auteur – Site Nanouk, site pédagogique d’Enfants de cinéma, dispositif Ecole et Cinéma- 

Dans le déroulant, sur le site Nanouk, les fondus-enchaînés sont systématiquement indiqués et repérés

___   Le jeu des ombres    ___

Toutes les images du film offre une contraste bien marqué; ce qui donne au film, à la fois  son aspect réaliste et son ambiance accablante.

A noter le rôle de la lumière dans la narration. On la retrouve à des moments clés de l’aventure de Scott. Dans ces moments,  la lumière lui est favorable sous différentes formes (soleil / allumettes / lampe / brin de lumière), elle lui permet de se tirer du danger qui le menace; ce qui affirme la valeur symbolique d’espoir de la lumière.  

___   La voix off    ___

Toute l’aventure est racontée en voix-off.
Le spectateur entend la voix-off  en alternance  avec les dialogues des acteurs.
C’est Robert Scott qui raconte son aventure et  les images viennent en soutien de  son récit.

 La voix-off de Scott  est grave, ferme et reste constante tout au long du récit,  tandis que la voix-in de  Scott en dialogue avec les autres personnages diminue d’intensité au fur et à mesure qu’il rétrécit.

Ce procédé donne au récit une force de ténacité et de fiabilité et écarte le doute du spectateur.

___   La musique ___   Les bruitages  ___

Les musiques appuient les scènes de manière presque excessive.
Les sons liés aux objets que Scott détourne pour sa survie sont largement amplifiés pour correspondre à son univers sonore  et contribue à l’identification des spectateurs au personnage. 

Avec les élèves:

  • Retrouver des scènes présentant des effets spéciaux. Expliquer l’insolite de la scène. Essayer de comprendre la manière dont les effets spéciaux ont été réalisés.  Argumenter ses explications.
  • Voir des petites scènes servant de jingles pour la pub sur France 2 (2006/2007) utilisant les procédés de trucages que le film.
  • Voir une émission de la série « C’est pas sorcier » sur le thème des effets spéciaux.
  • Dans le cadre des enseignements des arts plastiques, réaliser des prises de vue photographiques en jouant fortement sur les points de vue = photographier le même objet ou la même scène en plongée et en contre-plongée. Constater les effets obtenus.
    Associer les images par paires très contrastées et donner un titre à chaque image. Les titres contribueront à mettre en valeur le contraste.
  • Dans le cadre des enseignements des arts plastiques, les expérimentations autour du point de vue peuvent être complétées par un travail autour de la lumière =  éclairer l’objet à photographier,  chercher des orientations diverses de la source d’éclairage.  Par la photo, garder trace des recherches.Constater les différents effets obtenus.

      



ANGOISSANT ? 

«Je voulais créer un climat qui vous laisserait imaginer ce que ce serait si vous deveniez minuscule, que les choses banales et courantes de la vie quotidienne deviennent bizarres et menaçantes.(…) Je voulais que le public s’identifie à cet homme et sente les mêmes choses que lui. Et je crois y être arrivé.
Dans L’homme qui rétrécit, comme dans tous mes autres films fantastiques, ce sont les gens qui m’intéressent avant tout, comment ils vont réagir dans telle circonstance précise. Qu’éprouvent-t-il?»
Jack Arnold,  extrait d’interview  prélevé dans un dossier sur le site des films du Paradoxe

Avec les élèves:

  • Questionner les élèves sur le passage qui leur a semblé le plus délicat à vivre pour Scott et engager un débat avec argumentations
  • Choisir un de ces passages  et identifier les différentes raisons qui le rendent   difficile à vivre pour Scott
  • Repérer un ou quelques procédés filmiques qui ont rendu ce passage difficile à vivre au(x) spectateur(s)
  • Interpeller les élèves sur le passage qui a été le plus délicat à vivre, émotionnellement,  pour eux au cours de la séance. Évoquer son ressenti et son origine (part de l’affect / part du vécu similaire / part de la composition filmique) 
  • Lire ou donner à lire les extraits de l’interview de Jack Arnold
  • Repérer une ou quelques situations qui pourrait devenir source de danger (à la maison / à l’école / dans la rue / dans un lieu public) et réfléchir individuellement à la manière effective dont chacun pourrait «  réagir dans telle circonstance précise ».
    Évoquer ses réactions propres. Évoquer la montée et la maîtrise des émotions. Inventer des réponses adaptées.


DES RÉFÉRENCES
et
DES CLINS D’ŒIL CULTURELS 

____    Littérature    _____    

____    Cinéma    _____

____    Arts plastiques    _____

  • Christopher BOFFOLI (1969-)   Gros appétits 
  • Claes OLDENBURG (1929-)
  • Jeff Koons, Splite-Rocker, 2008
  • Simone DECKER travaille le chewing-gum et, avec ce médium, crée des décalages dans le paysage
  • Gilbert GARCIN  crée des décalages à partir de clichés photographiques  Site web



POUR ALLER PLUS LOIN

___   Dossier enseignants    ___

Fabienne PY  —  Conseillère pédagogique en arts visuels  —  Coordinatrice EtC67
_______    DESDEN du Bas-Rhin   _______