SIDEWALK STORIES

 

Film en noir et blanc de Charles Lane     phpThumb_generated_thumbnail

Année de création: 1989 (Etats-Unis)

Durée:  97minutes

Musique:  Marc Mader

 

 

 



LE FILM
  • Sidewalk Stories sur Nanouk, site pédagogique de  « Enfants de cinéma » partenaire du dispositif « École et Cinéma »
  • Le point de vue sur Sidewalk Stories confié à Rose-Marie Godier , maître de conférences à l’université Paris Ouest
  • La bande annonce du film sur Youtube



L’AFFICHE

sidewalk_afficheEn grand format sur le site Nanouk

 

 

 

 

 

 

 



 

MOTS-CLES

Rue, artiste, sans-abri, sans parole, musique, noir et blanc, hommage, Charlie Chaplin, silence.



 

UN FILM SINGULIER

____   Un film « à l’ancienne »    ____

Le film a été créé en  1989 mais il ressemble à un film ancien, puisque  sans parole et en noir et blanc.
Pourtant

  • le son existe dans le cinéma depuis 1927 avec comme premier film sonore Le Chanteur de jazz (The Jazz Singer) de  Alan Crosland 
  •  la couleur a envahi les films au début du 20ème siècle. La date  du premier film en couleur est discutable;  en  1901 un court métrage  réalisé par le photographe Edward Turne, en 1911 le kinémacolor, en 1915 la technicolor.

La réalisation d’un film sans parole et en noir et blanc en 1989 est donc un véritable choix du réalisateur.

Avec les élèves :

  • Définir ou redéfinir les différentes notions: film muet / film sans paroles / film sonore / film sonorisé pour établir ou conforter (cycle 3) le vocabulaire technique spécifique.
    Consigner ce vocabulaire  dans  un lexique commun : un imagier (cycle 1 et cycle 2), un abécédaire du cinéma (cycle 2 et cycle 3),  un dictionnaire du cinéma (cycle 3). Le lexique et le document se compléteront au fur et à mesure des connaissances nouvelles. Croquis et dessins faits par les élèves, images extraites des films visionnées illustreront avantageuse les définitions. Ce document peut suivre la cohorte d’élèves, dans le cadre des actions concertées pour l’éducation artistique et culturelle, PEAC de l’école.
    Liens vers des sites utiles pour l’enseignant : le lexique proposé par le site Nanouk, site pédagogique d’enfants de cinéma  / un lexique créé par des lycéens ( option cinéma) / le site Collège au cinéma propose une page sur le vocabulaire d’analyse filmique.
  • S’interroger sur le choix du réalisateur de faire un film en noir et blanc
  • S’interroger sur le choix du réalisateur de faire un film sans paroles
  • Ces deux questionnements se feront à partir du ressenti des élèves
    > Pour cela, l’enseignant accompagnera les élèves pour dégager les caractéristiques essentielles de ces deux procédés filmiques, peut-être grâce à un tableau Avantages/Inconvénients. On prendra appui sur des films déjà vus, muets, sans paroles, noir et blanc, sonores, en couleur.
    >   Puis, l’enseignant encouragera quelques élèves ou chaque élève (travail en petit groupe) à donner son ressenti relatif à ces procédés filmiques et à argumenter son point de vue (voir aussi les propositions faites pour le film Le Mécano de la général- parcours chut 2017/2018)
    >  Un troisième temps de réflexion devrait permettre de dégager ensemble l’intérêt de ces procédés filmiques de Charles Lane pour le film Sidewalk Stories.
    Des pistes pourront être données aux élèves (voir un document fiche  sur des choix possibles du réalisateur)
    Ce travail s’envisage de différentes manières
    Par exemple :
    1. en mettant le document fiche à disposition de chaque élève et en demandant à chacun de sélectionner les propositions les plus pertinentes
    2. en donnant le document fiche à un groupe d’élèves (4ou5élèves) et en leur demandant de discuter ensemble pour retenir les propositions qui leur semblent les plus pertinentes.
    Un temps de confrontation des choix sera indispensable quelle que soit la procédure de travail utilisée par l’enseignant. Ce temps de confrontation doit permettre de faire un choix raisonné et argumenté et parallèlement il élargit les connaissances et sert des aptitudes d’analyse.

La réalisation de ce film sans parole et en noir et blanc en 1989 a aussi un lien avec l’époque du cinéma de Chaplin et le désir de Charles Lane de rendre hommage au cinéma de  Charlie Chaplin (1889-1977).

____   Un genre pour rendre hommage   ____

Cet hommage à Chaplin est manifeste dans le  clin d’œil de la narration au contenu du The Kid. Dans le film The Kid (1921) de Charlie Chaplin,  Charlie  récupère, par hasard,  un enfant abandonné auquel il s’attache et qu’il va éduquer pendant 5 années.

On retrouve dans le film de Charles Lane,  des références au film de Chaplin. Certaines scènes peuvent s’envisager comme des reprises presque directes  (la scène du petit déjeuner, la nuit en centre d’hébergement d’urgence).

Avec les élèves :

  • Comparer les affiches des deux films   kid_affiche. Pour accéder à plus d’affiches de The Kid : le site Nanouk, site pédagogique d’enfants de cinéma
  • Présenter des extraits du film The Kid (le film sur you tube) faisant clins d’oeil à des scènes de Walkside stories
    > Scène de découverte du bébé (7:53)
    > Scène du petit déjeuner (33:10)
    > Scène au centre d’hébergement (53:22)

____   Un univers particulier   ____

La traduction du titre est éloquente (Histoires de trottoir) et donne des indications sur le contenu du film.

Le cadre du film est la rue.
Le film présente la rude vie des gens de la rue avec son organisation à la fois précaire et établie.  Cette manière de vivre est ostensiblement montrée comme discordante avec la vie plus réglée des actifs.
La confrontation est d’une considérable authenticité. De ce fait,  elle exerce auprès du spectateur une incertitude concernant le genre du film :  film de fiction ou film documentaire ?

  • Certes, le réel est très présent dans le film et peut laisser envisager un travail de documentation sociale mais le film édifie du rêve.
  • Le film apportant du rêve et offrant un îlot de liberté dans ce réel, il peut s’envisager alors comme une fiction.

Avec les élèves :

  • Énumérer quelques quelques genres de films connus des élèves  (film d’ animation, comédie / comédie musicale / film d’aventure film documentaire, film fantastique / science-fiction / western / film policier ) pour établir ou conforter (cycle 3) des connaissances cinématographiques. Mettre les genres en lein avec des films connus, déjà vus.
    Consigner le vocabulaire  dans  le  lexique commun (voir ci_dessus)
  • S’interroger sur le genre de Sidewalk Stories en apportant des arguments illustrés de scènes relevées dans le film.
  • Relever des séquences ou des scènes réalistes
  • Relever des séquences ou des scènes dramatiques
  • Relever des séquences ou des scènes romantiques
  • Relever des séquences ou des scènes comiques
  • relever de séquences ou des scènes documentaires.

En mêlant réel, fiction et imaginaire dans le film, Charles Lane offre un conte sur les laissés-pour-compte de la société.

____   Une histoire contemporaine   ____

Le film a été créé suite à une rencontre fortuite de Charles Lane avec un SDF, au cours de laquelle Charles Lane a modifié son point de vue sur les sans-abris.
Lire un court entretien  avec le réalisateur dans un dossier édité par  le France, salle d’art et d’essai de Saint-Etienne.

De cette rencontre Charles Lane eut l’idée de faire un film sur l’univers des SDF, dont on ne parle jamais et qui pourtant est présent et visible dans le quotidien; le sien à l’époque du tournage, le nôtre aujourd’hui.

Mais, tout en se saisissant du monde des déshérités, Charles Lane cherche aussi à dénoncer la différence entre la communauté noire, présentée comme pauvre et désœuvrée, et la communauté blanche, présentée comme riche et arrogante.
Quelques scènes sont éloquentes:  la dernière séquence du film / la scène au parc / la scène à la bibliothèque / la scène du liftier.

Malgré son « habillage » (voulu) ancien, le film s’inscrit dans une époque contemporaine et en rapporte un témoignage orienté.
Les élèves y feront spontanément allusion.

Avec les élèves :

  • Repérer des éléments du film voulus pour opposer deux univers (la vie des sans-abris / la vie  « bourgeoise »)
  • Recenser les situations de débrouillardise permettant au personnage principal de trouver de l’argent, de manger, de dormir
  • Laisser les élèves faire le lien avec des situations rencontrées (on pense particulièrement aux différentes manières de recueillir de l’argent observables dans la rue)
  • Évoquer des scènes désolantes dans le film (injustice / misère / etc.). Dans ce moment, les élèves peuvent témoigner de leur sensibilité et de leur regard plus ou moins compatissants.
  • Profiter du contenu du film et des scènes repérées par les élèves  pour engager  la réflexion dans le cadre de l’EMC (enseignement moral et civique) sur les questions de préjugés, de tolérance, de différence et mettre les élèves en situation de débattre et d’argumenter leurs positions.
    Accéder à un dossier pédagogique sur le thème de la différence (Cycle2) (site Eduscol)
    Accéder à un dossier pédagogique sur le thème de la tolérance (Cycle3) (site Eduscol)
  • Inviter les élèves à repérer la manière dont Charles Lane filme l’univers des sans-abris. Rechercher des noms communs ou des adjectifs permettant de qualifier le regard personnel de Lane sur les  « exclus de la société » (digne / dignité / considération / bienveillance / décence / gravité / honneur / respectueux / etc.). Rechercher des noms communs ou des adjectifs qui permettraient, à l’inverse, de qualifier un regard sectaire.
  • Inviter les élèves à rechercher des procédés filmiques  que Charles Lane utilise pour confronter les univers. Les réponses attendues des élèves ou données par l’enseignant sont:
    > zoom sur les personnes bourgeoisement vêtues (scène du bac à sable)
    > utilisation du noir et blanc (simple coïncidence ou choix d’analogie avec la discrimination noirs/blancs ? )
    > tournage de l’ensemble avec une caméra dans une position plutôt basse; plutôt à hauteur d’une personne de petite taille mais quelques rares (donc d’autant  plus remarquables) contre-plongées, notamment dans les scènes plus tragiques ou dans les scènes d’opposition.

____  Un film  « Sans »   ____

Le terme « Sans » prend toute sa valeur dans le film et est peut-être une clef de lecture pour une analyse à hauteur d’élèves.

  • Sans-abri
  • Sans-domicile-fixe
  • Sans-travail
  • Sans-compagne
  • Sans-famille
  • Sans-ami
  • Sans-nom
  • Sans-parole
  • Sans-couleur

____   Un tournage     ____

Les récits sur le film rapportent que le film a été tourné dans une période de  grand froid (en février) en 15 jours seulement.
Ces conditions de travail ont certainement contribué à l’authenticité des scènes affichant la précarité.
A noter que Charles Lane est le réalisateur mais aussi l’acteur principal.

Le film s’appuie sur des oppositions et le tournage en témoigne.

Avec les élèves :

  • Recenser les oppositions dans le film. Outre les évidentes (démunis / munis, noir / blanc, etc.), on pointera les oppositions de taille, de statuts, d’affects et de sentiments, celles liées à normalité/anormalité, liées au respect/non respect de la loi établie,  etc.
  • Inviter les élèves à rechercher des procédés filmiques  que Charles Lane utilise pour confronter les univers et marquer les oppositions. Les réponses attendues des élèves ou données par l’enseignant sont:
    > zoom sur les personnes différentes (bourgeoisement vêtues dans la scène du bac à sable)
    > utilisation du noir et blanc (simple coïncidence ou choix d’analogie avec la discrimination noirs/blancs ? )
    > tournage de l’ensemble avec une caméra dans une position plutôt basse; plutôt à hauteur d’une personne de petite taille mais quelques rares (donc d’autant  plus remarquables) contre-plongées, notamment dans les scènes plus tragiques ou dans les scènes d’opposition.

 ____   Une musique     ____

En l’absence de paroles, les corps et les mimiques parlent.  Mais la musique qui accompagne les scènes influe, voire dirige,  le ressenti du spectateur.  Elle crée l’ambiance et renforce la narration.

Marc MARDER est le compositeur choisi par Lane pour crée la musique du film : « L’idée était de faire un film muet sur les sans abris, parce que ce sont des gens sans voix. C’est la musique dans ce film qui est leur voix »

Dans sa création musicale , Marc Marder,  joue sur une diversité de style et de thèmes musicaux dont certains caractérisent les scènes.
Pour exemples:

  • un thème et ses variations reviennent avec un personnage
  • les passages de musique plus classique collent avec  des arrêts sur les personnages alors que les passages de musique  plus jazzy correspondent aux passages avec mouvement de caméra,et donc déplacement dans la rue
  • Marc Marder joue avec des transitions musicales  pour marquer un enchaînement de scènes et avec des ruptures musicales pour marquer une succession des scènes

Avec les élèves 

  • Se souvenir (peut-être en les réécoutant -voir ci-dessous- ) comment les différents thèmes musicaux accompagnent les différents moments du film
  • Se replonger dans  l’humeur du moment. La qualifier et la mettre en lien avec certaines séquences du film
  • Pour écouter la musique du film
  • Voir une interview de Marc Mader dans laquelle il parle du film et de sa création(9’29) – moment très riche d’anecdotes et d’explications sur le film –

Le site pédagogique de l’académie de Lyon présente des analyses de séquence et des dossiers sur la musique dans le film



____   Pour aller plus loin     ____

Lire une critique sur le site LesInrocks

Lire une critique sur le site DVDClassik, site de critique de films

Lire un dossier pédagogique  réalisé par la coordination  Ecole et Cinéma du Calvados

Voir un extrait du début du film



 

LES LIENS AVEC « CHUT! »

Le principe premier qui inscrit Sidewalk Stories dans le parcours autour de la problématique « Chut » est clairement le choix du réalisateur de faire un film « sans parole »
Voir ci-dessus Rubrique ___ Un film à l’ancienne ___

Ce travail engagé pourra être complété par les réflexions de Rose-Marie Godier lues dans la rubrique  Point de vue sur le film sur le site nanouk.
S’interroger particulièrement sur :

  • la question  « Quelles qualités du silence Charles Lane cherche t-il à retrouver en créant un film sans parole ? « 
  • cette remarque qui peut être lue aux élèves (moyennant que l’enseignant explique les termes centripète et centrifuge):
    « Qu’entendait-on – qu’entendons-nous toujours – dans le son du silence ? Peut-être aussi cette voix intérieure qui, dans le noir de la salle, balbutie le récit : précisément la nôtre.
    Chaque spectateur pourvoie en son for intérieur, avec ses propres mots, à l’absence des paroles et du son.
    Le cinéma parlant se projette, son pouvoir est centrifuge, quand le cinéma du silence est centripète, qui laisse vacante la place que le spectateur doit occuper dans le film. Si le film se construit au travers du regard de ses spectateurs, son sens n’est plus univoque, puisque chaque spectateur construit à chaque fois un film singulier
    « 
    Rose-Marie Godier

Il est une séquence dans le film qui n’est pas sans paroles; c’est la dernière scène du film, émotionnellement très chargée.
La manière dont elle est conçue et filmée (La scène a été tournée avec des vrais sans-abris…) amplifie les intentions de Lane de souligner le manque d’attention et l’indifférence générale face à l’univers des déshérités.
Le choix de donner la parole aux déshérités, à la fin du film a certainement un sens profond pour Charles Lane.  – L’espoir que le film serve de tribune pour les déshérités pour que leur voix soit entendue.  –

Avec les élèves 

  • repérer la seule scène parlante du film
  • justifier son sens et son rôle

Sidewalk Stories pose aussi la question de la solitude.

DES LIENS AVEC D’AUTRES DOMAINES  ARTISTIQUES 

____   Arts plastiques   ____

Des artistes de la rue :

  • Ernest PIGNON ERNEST (1942-) intervient dans l’espace urbain avec des représentations humaines à l’échelle, qui lui permettent d’exposer la misère, l’apartheid, les expulsés, l’injustice, etc.  A voir en particulier,  La série- Les cabines- , la série – Les expulsés –
  • Keith HARING (1958-1990),  Subway drawing  (dans les couloirs du métro new yorkais) et autres fresques murales. Un des premiers artistes à investir l’espace publiques de ses motifs.
  • Jean-Michel BASQUIAT (1960-1988) qui dans  ses oeuvres, revendique ses origines haïtiennes et dénonce la ségrégation et la discrimination envers les noirs. Ses motifs traduisent sa colère, son regard sur la misère, l’enfance, la rue.
    Accéder à des images du Centre Georges Pompidou, Paris et des images du Fonds Régional d’Art Contemporain de Picardie
    A voir un documentaire sur sa Rage créative, créé et diffusé par Arte 

Des représentations de New-York:

 

« La pauvreté est un manque, ainsi j’ai choisi le Noir et Blanc par souci de vérité »
Charles LANE

 

logo-bas-rhin_____   Fabienne Py, conseillère pédagogique arts plastiques et visuels, DSDEN 67  _____