LES 400 COUPS

Film muet en noir et blanc de François Truffaut (1932-1984)
Année de création: 1959 (France)      Les 400 coups

 

Durée:  1h33

Avec Jean-Pierre Léaud dans le rôle d’Antoine

 



 

LE FILM

Les 400 coups sur Nanouk,  site pédagogique d’Enfants de cinéma partenaire du dispositif « École et Cinéma »

Le point de vue sur le film, rédigé par Jean-Michel Frodon, journaliste, critique de cinéma, écrivain, enseignant

Voir la bande annonce (attention site avec publicité)



 

L’AFFICHE

400 coups_affiche

Deux affiches sont disponibles en grand format sur le site Nanouk, site pédagogique d’Enfants de Cinéma


Les affiches éditées pour d’autres pays que la France sont différentes. Il est intéressant de voir quel moment du film a été privilégié pour servir d’images.On y constate aussi des variations de titre pour le film.

Les différentes affiches et différents titres; certains ont été traduits littéralement, d’autres ont été changés,  peuvent être présentées aux élèves.
Pour les découvrir

 

MOTS-CLÉS

Noir et blanc /  enfance / adolescence / lyrisme / émotions / liberté /limites / amitié / Paris /nouvelle vague /acteur fétiche



 

DES PISTES PÉDAGOGIQUES AUTOUR DU FILM

 

 __  Une époque   __  Hier et aujourd’hui __

_____    Les années cinquante   _____

L’époque durant laquelle se déroule l’action est distante pour les élèves et l’environnement du film bien différent de leur univers.
Cette époque correspond pourtant, à peu près,  à l’époque d’enfance de leurs grand parents… Une relation de complicité avec les grands parents va donc faciliter le regard sur l’environnement du film et, inversement,  le regard sur le film peut  permettre un moment de complicité avec les grands parents.
L’approche de l’époque peut s’engager autour de différents points allant de l’aspect le plus formel, le plus matériel du quotidien jusqu’aux valeurs de société, en passant par le monde des enfants ou  la vie en famille ou  le monde de l’école ou  les adultes et  leurs relations, leurs relations aux enfants, etc.
Avec les élèves :
  • Faire relever tout ce qui parait insolite dans le film, au regard de ce que vivent les élèves dans leur quotidien. Les éléments rapportés par les élèves toucheront autant des objets matériels que des relations humaines ou le rapport à l’autorité, la discipline, la liberté
  • Faire relever tous les objets et éléments de l’environnement (intérieur familial / milieu scolaire / quartier et rues / etc.) qui montrent que le film ne se passe pas aujourd’hui
  • Grâce à une  complicité établie avec les grands-parents, rapporter des anecdotes, des images, des objets de l’époque des années 50/60 pour mieux cerner le contexte sociétal du film et « comprendre l’évolution des modes de vie de trois générations » (Cf:  Programme 2015 du Cyle 2  § Questionner le monde, pages 68 et 72)

 __  Les personnages   __    les relations humaines   __

_____   Antoine  _____

Dans Les 400 coups, Antoine est un jeune au début de l’adolescence, épris d’indépendance et de liberté.
Le personnage d’Antoine est le personnage récurrent de cinq films réalisés par François Truffaut, de 1959 à 1979.
Avec le cycle Antoine Doinel, Truffaut  fait aussi le choix de garder le même acteur dans tous les films:  Jean-Pierre Léaud.
Dans les 4 films suivant, il sera  mis en scène dans sa vie amoureuse à travers :

Antoine est un adolescent turbulent, qui vit entre une mère peu aimante et un beau-père relativement indifférent.
Truffaut dit de lui : « Antoine Doinel est le contraire d’un enfant maltraité : il n’est pas « traité » du tout. Sa mère ne l’appelle jamais par son prénom, son père parle de lui comme s’il n’était pas là. Il est déjà un perpétuel angoissé, puisqu’il ne sort d’une situation compliquée que pour retomber dans une autre. Enfermé dans un réseau de mensonges qui s’emboîtent, il vit dans la crainte et l’anxiété ; il est pris dans un engrenage stupide et se ferait tuer plutôt que d’avouer quoi que ce soit. »
Extraits de l’exposition virtuelle de la cinémathèque française – filmer les enfants

Le film dont l’action se déroule sur sept jours, met en scène, la spirale dans laquelle Antoine s’enferme et l’obstination avec laquelle il poursuit sa quête d’indépendance.

Son attitude varie selon qu’il se trouve dans son milieu familial ou hors de son milieu familial. Dans l’un, il est inexistant, terrorisé par sa mère, dans l’autre il est arrogant, insolent voire méprisant.

Il est le portrait du petit parigot d’une époque.
Il est aussi une évocation universelle de l’enfance dans laquelle chaque spectateur peut puiser une anecdote, une émotion, un souvenir.

Avec les élèves :

  • Recenser les bêtises (les 400 coups) faites par Antoine
  • Les inscrire dans le temps et constater que le film se déroule en 7 jours.
  • Donner un titre à chaque jour, en lien avec son contenu ou la bêtise (Jour1 = Punition à l’école / Jour2 = L’école buissonnière / Jour3 = Mensonge / Jour4 =  Moments joyeux en famille /Jour5 = Fugue / Jour6 = Vol  et arrestation /Jour7 Evasion) pour repérer et comprendre les paliers et l’enchainement de la déstructuration d’Antoine.
  • Qualifier Antoine pour son comportement et pour ce qu’on peut percevoir de son caractère.
    Ce travail s’envisage, en deux temps,  à partir de propositions faites aux élèves. Ces propositions données servent la finesse de leur réflexion et l’enrichissement de leur vocabulaire
    Temps 1 : Une première réflexion par petits groupes de 5 élèves. Les élèves discutent des qualificatifs mis à leur disposition (télécharger le  document de travail)  Ensemble,  ils retiennent les 5 qualificatifs qui leur semblent les plus pertinents et 3 qualificatifs qui leur semblent les moins pertinents.
    A noter: l’enseignant pourra faire un choix dans les étiquettes pour en limiter le  nombre et la difficulté en fonction de  l’âge et des compétences des élèves.
    Temps 2 : Les groupes confrontent leur résultat et argumentent leur choix.
    Remarque: il n’ y a pas de réponse juste, il y a dans cette activité la recherche de compréhension du comportement d’Antoine et des difficultés qu’il a à être reconnu dans sa famille.
  • Les différences de réponses ouvrent vers des discussions et permettent d’exercer des facultés d’empathie et d’altérité.
    Le contexte amènera inévitablement à des positions opposées, pour constater que Antoine ne se comporte pas de la même manière chez lui et à l’extérieur de la famille.
  • Au vu de son caractère et son comportement, on pourra demander aux élèves, de dire dans un court écrit avec argumentaire, s’il souhaiterait avoir Antoine comme ami. L’ écriture d’un tel petit texte peut ensuite alimenter la rédaction d’une critique du film.
  • Le croisement avec les propositions retenues pour Max, après le visionnage de Max et les Maximonstres (film du premier trimestre) est souhaitable dans le cadre du parcours « Enfants(terribles) »
  • Rechercher dans le film comment François Truffaut nous rend,malgré tout, Antoine sympathique

Accéder à  un dossier rédigé par la salle d’Art et d’Essai  Le France de Saint-Etienne    pour en  lire davantage sur le personnage d’Antoine (pages 6 et 7)

_____   Antoine et sa mère   _____
Madame Doinel est plutôt jolie femme, soucieuse de son aspect et de l’image qu’elle donne, au point d’être toujours en représentation.
Elle est quelque peu prétentieuse et méprisante des autres.
Même en famille, elle semble toujours jouer un rôle d’actrice, manquant de naturel aussi bien dans ses moments d’intimité que dans ses colères.
Les relations entre Antoine et sa mère sont ressenties par tous les spectateurs comme froides et distantes. Antoine n’existe pas pour sa mère, si ce n’est pour se faire rabroué ou  cassé.
Madame Doinel se comporte dans le quotidien comme si son enfant n’était pas là.
Son manque de reconnaissance va jusqu’à ne jamais l’appeler par son prénom.
C’est le manque d’amour et de reconnaissance qui conduit Antoine dans sa spirale d’ égarements. Le fait-il par dépit ? Le fait-il pour attirer le regard de sa mère vers lui ?
Le fait-il par défiance ?
 Avec les élèves :
  • Relever des scènes, des anecdotes, des mots, des dialogues qui traduisent l’indifférence de MMe Doinel pour son fils.
    Chaque élève aura certainement retenu un autre passage.
    Cette première approche de la relation entre sa mère et Antoine est  très subjective et liée à l’identification des élèves au personnage d’Antoine. Plus les élèves sont jeunes, plus ils associeront l’extrait retenu à leur vécu.
  • Un deuxième temps de travail autour de la relation entre sa mère et Antoine est indispensable pour amener les élèves vers une approche plus objective qui engagera d’analyser les moyens  utilisés par Truffaut  pour mettre en scène cette indifférence. On attend que les élèves aient repéré (ou l’enseignant les mènera à repérer) qu’elle ne l’appelle jamais par son nom (citer quelques mots esquives utilisés), qu’elle ne s’adresse pratiquement jamais à lui au cours des conversations familiales, qu’elle ne déploie aucun geste affectueux, que les quelques moments de complicité sont douteux, que le rejet va en augmentant avec les bêtises d’Antoine.
  • Relever la manière dont Antoine s’oppose à sa mère,  ses actes pour essayer de la satisfaire, sa maladresse dans la quête de reconnaissance,  sa recherche d’affection.
  • Chercher des explications à cette relation étonnante. Dans un premier temps, les élèves pourront (pourraient) proposer des explications envisagées par eux.
    La discussion en classe et l’analyse du scénario doit permettre de faire allusion à la scène  face au psychologue, scène au cours de laquelle Antoine donne la clé du malaise et révèle sa lucidité.
  • Proposer aux élèves d’écrire une lettre à la maman d’Antoine.
    Plusieurs axes peuvent être donnés:
    > Une lettre écrite par l’élève pour lui parler d’Antoine, de son comportement et l’habiliter à ses yeux
    > Une lettre écrite par Antoine pour excuser son attitude et se racheter
    > Une lettre d’amour filial écrite par Antoine
    > La lettre écrite par Antoine avant de s’enfuir de l’internat
_____   Antoine et son « père »   _____
 Les relations entre Antoine et son « père » évoluent beaucoup au cours du film.
Les premières apparitions laissent supposer une complicité forte, masculine, voire en contre-pied à l’indifférence maternelle.
Au fur et à mesure de l’avancée du film, on ressent un père de plus en plus maladroit, quelque fois pathétique, en difficulté à exercer une autorité paternelle.
La scène de la gifle marque une véritable rupture dans la relation « père »-enfant. Monsieur Doinel se transforme alors en un père répressif pour devenir ensuite un père qui va se démettre de ses fonctions en confiant Antoine aux autorités publiques. A partir de ce moment, il disparait du film.
 Avec les élèves :
  • Après avoir posé les 4 comportements différents et évolutifs de M. Doinel (complicité relative / exercice maladroit d’une autorité / attitude répressive / absence), engager les élèves à illustrer chaque comportement de scènes, d’anecdotes, d’images, de mots captés dans le film.
 
 A noter ; « Where is the father ?  » (où est le père ? ) est la phrase que le professeur d’anglais fait répéter à plusieurs reprise, en insistant tant sur la prononciation du  mot father.
« Je n’ai pas été un enfant maltraité mais simplement pas ”traité” du tout, pas aimé et se sentant complètement de trop » écrira François Truffaut à Roland Truffaut, son père adoptif.
_____   Antoine et son ami   _____
 Bien que tout les oppose, René et Antoine s’entendent bien. Ils sont complices par leur 400 coups et une amitié se développe  au fur et à mesure des délits qu’ils commettent ensemble.
René vit dans un milieu plus aisé que Antoine, plus souple mais tout autant défectueux.  Sa mère est alcoolique, son père est toujours occupé.
René est plus calme que Antoine, plus prudent. C’est lui qui,  la plupart du temps,  suggère la conduite à avoir, aussi bien  dans la « raison » que dans les bêtises, sans jamais y participer.
Il impressionne Antoine par son côté émancipé et son détachement.  Pour Antoine, il représente peut-être une sorte de guide, un grand frère (?)
A noter que, du fait de l’aspect autobiographique du film,  on sait que  René représente Robert Lachenay, l’ami d’enfance et de toujours de François Truffaut.
René est un ami fidèle jusqu’au bout.  Malgré l’interdiction, il viendra voir Antoine dans la maison de correction
Avec les élèves :
  • Comparer, à l’aide d’un tableau, les différences dans l’ambiance familiale, dans l’univers matériel, dans les relations de couple des parents, dans les relations parents/enfants des deux familles
_____   Antoine et les autres adultes   ____
 Du fait de son enfance, Truffaut est en colère contre les aspects institutionnels de la société auxquels un enfant peut être confronté.  L’école est objet d’une détestation sans nuance et il exècre les façons dont les enfants sont traités par la police et la justice.
L’ensemble des adultes intervenant dans le scénario des 400 coups manifeste une hostilité, un manque de compréhension et de compassion envers Antoine.
Le film exprime bien le décalage entre l’univers de l’enfance et l’univers  des adultes, tel qu’il existait à l’époque.
 > Antoine et ses enseignants:  Antoine semble être la bête noire de son professeur qui, en plus de la répression institutionnelle de l’époque,  adopte manifestement une attitude d’injustice envers lui.
 > Antoine face à la psychologue: Dans une scène remarquable, Antoine révèle des blessures profondes, avec un vrai détachement, sans aucune marque d’amertume ou de douleur, comme s’il ne s’agissait pas de lui.
Cette attitude est-elle liée au statut de son interlocutrice (une professionnelle, une personne extérieure à la vie des Doinel) ? Est-elle une façon de jouer au « dur » ? Est-elle significative des tentatives de détachement qu’Antoine met en oeuvre pour pallier à ses blessures?
La mise en scène est remarquable: Antoine est filmé en plan fixe dans un décor insignifiant. Il répond aux questions qui lui sont posées et des fondus enchainés sur son visage permettent de percevoir son ressenti. Son interlocutrice, la psychologue,  n’est présente dans la scène que par sa voix et le spectateur n’accède jamais à cette personne.
La scène prend le spectateur en otage : 1. En s’adressant à « personne », Antoine s’adresse à chaque spectateur   2. Comme la psychologue est hors-champ durant toute la scène, chaque spectateur peut endosser son rôle.
Retrouver le dialogue transcrit dans un un dossier rédigé par la salle d’Art et d’Essai  Le France de Saint-Etienne (page7)
A noter: dans la séquence suivante, Antoine se retrouve dans une même posture, seul  face à sa mère venue lui rendre visite. Il est muet, a perdu son aplomb; c’est sa mère qui régente la rencontre.


 __  Une enfance __

_____    L’enfance au milieu du XXème siècle   _____

Dans Les 400 coups, on est loin des films présentant des enfants stars ou des portraits d’enfance bourrés de clichés.
Le film de François Truffaut révèle, avec beaucoup de réalisme, la vie d’un adolescent des années cinquante et particulièrement :
  • les difficultés à exister en tant qu’adolescent
  • l’absence de prise en compte de la période de l’adolescence par les parents, les éducateurs et le manque de reconnaissance de cet état intermédiaire, entre enfance et âge adulte
  • les aspirations de la jeunesse pour plus de liberté et d’indépendance
  • l’éveil de la puberté et les questions qui l’entourent
  • la privation d’expériences propres à l’adolescence
  • le non droit à l’erreur, aussi bien à l’école, à la maison et face à la société
  • le décalage entre l’univers des adultes et l’univers des adolescents
  • le sentiment d’injustice lié à l’emprise d’une société étriquée

Pour amplifier la difficulté qu’ont les jeunes adolescents de l’époque à trouver leur place et à exister dans une société malveillante à leur égard, le film oppose à cette situation d’affrontement, des  scènes faisant allusion (illusion) au bonheur de l’enfance. En témoigne la séquence de Guignol, quelques minutes d’enchantement. On peut d’ailleurs conférer plusieurs fonctions à cette scène : elle se veut comme une évocation du bonheur et de l’innocence de l’enfance / elle adresse un avertissement aux deux adolescents / comme ils ne suivront pas cet avertissement, elle met en valeur les changements d’idées et de comportements entre l’enfance et l’adolescence.

_____    L’enfance et Truffaut  __  L’enfance de Truffaut  _____
« Pour Les 400 coups, je voulais rester près de l’enfance et surtout, très près du documentaire, travailler avec le minimum de fiction. » François Truffaut
Extraits de l’exposition virtuelle de la cinémathèque française – filmer les enfants
Pour Les 400 coups, Truffaut s’inspire largement de son enfance et de son amitié avec Robert Lachenay. Il met donc en scène des personnages ordinaires (issus de sa vie) mais présentés de façon extraordinaire.
« Enfant, on ne s’occupait pas beaucoup de moi. Je n’étais pas l’enfant martyr, mais j’étais un enfant qu’on laissait un peu tomber, qui se débrouillait tout seul. Mon père et ma mère, à qui je reconnais maintenant le mérite de n’avoir appartenu à aucune catégorie, n’étaient ni des bourgeois, ni des bohèmes, ni des artistes ; ils étaient tout ça à la fois. Ils étaient un peu absents comme parents. C’était dans le contexte de la guerre, de l’Occupation puis de la Libération. Ça m’a permis de commencer ma vie plus tôt que d’autres garçons »
Extraits de l’exposition virtuelle de la cinémathèque française -
Avec Les 400 coups, Truffaut livre un film de cinéma-vérité, un documentaire sur la vie d’un adolescent des années 50 qui lui ressemble.
Antoine est une évocation réaliste universelle de l’enfance.
En s’éloignant totalement des enfants stars ou de ces portraits d’enfance bourrés de clichés, le film « Les 400 coups » marque un tournant dans la représentation de l’enfance au cinéma. 
Voir une page dédiée aux films dont les enfants sont des héros, sur le site Nanouk, site pédagogique d’Enfants de cinéma.
Antoine, dans son comportement lié au scénario présente de nombreux traits communs avec Truffaut adolescent. Mais il s’apparente certainement aussi à Jean-Pierre Léaud qui joue le rôle d’Antoine et à qui la réussite du  film doit beaucoup.
Il faut voir des extraits de bouts d’essai  pour se rendre compte combien Jean-Pierre Léaud, alors âgé de 14 ans, possède naturellement, le ton gouailleur, le regard un peu roublard et  l’aisance nécessaires pour refléter les défis de l’adolescence.
On notera la ressemblance physique entre Léaud et Truffaut qui sera de plus en plus notoire au fur et à mesure que Léaud devient jeune adulte. (voir une photo )
 A consulter:
des extraits de bouts d’essai de Jean Pierre Léaud pour Les 400 coups
Une page consacrée à François Truffaut parlant de ses tournages avec les enfants sur le site de l’exposition virtuelle de la cinémathèque française – filmer les enfants
Antoine est le portrait de toute une génération de petits parigots et, si Truffaut joue de sa ressemblance avec l’acteur pour donner au film un caractère autobiographique,  il utilise aussi les lieux de son enfance.

_____    La liberté  dans les rues de Paris    _____

Dans Les 400 Coups, comme dans Baisers volés et dans Domicile conjugal, Truffaut  filme Paris.
Il fait déambuler Antoine dans les quartiers de son enfance et de son adolescence comme lui l’a fait.
Les images de Paris sont majestueuses, elles s’opposent aux images ternes, aux décors tristes et crasseux des scènes familiales ou des scènes au commissariat.  Elles servent à mettre  en valeur le plaisir de Antoine à se trouver libre dans les rues de Paris.
Tout le film fonctionne avec un jeu d’opposition entre les espaces ouverts qui sont essentiellement les rues de Paris et les espaces clos  réduits, oppressants des scènes d’intérieur (salle de classe / appartement familial).
Il n’y a en effet que dans les rues de Paris que Antoine semble heureux.
Le seul moment au cours duquel Antoine manifeste une émotion est dans la scène où il est emmené dans le fourgon de police. On aperçoit des larmes sur son visage alors qu’il regarde les rues de Paris qu’il quitte, défiler. Sur un fond musical, on perçoit la connivence  entre Antoine et sa ville.
 Avec les élèves :
  • Identifier quelques lieux parisiens connus et célèbres
  • Analyser la différence de choix dans le traitement des images captées en intérieur, de celles captées en extérieur. L’objectif de cette activité est de mettre en valeur la manière dont Truffaut traduit l’enfermement et l’exiguïté ressentis lors des moments en famille et les opposent aux ressentis de liberté et d’indépendance dans les moments vécus dans Paris. Un document d’analyse accompagné d’images est disponible sur le site worldenlinecinema (page 9)
  • Comparer les images de Paris vues dans le film à des photographies de ville (Paris et autres) réalisées par des photographes célèbres. Des références et des images sont disponibles dans un document réalisé dans le département de la Creuse pour Ecole et Cinéma 23.

____    Le mensonge   ____   La délinquance   ____

L’univers de Antoine n’est que mensonge:

  • depuis toujours, on lui ment sur sa naissance et il le sait
  • l’homme, prétendu être son père,  n’est pas son père biologique. Tout le monde le sait, (même Antoine), tout le monde le tait et joue le jeu
  • le couple que forme ses « parents » se ment
  • Mme Doinel ment sur ses sorties; elle trompe son mari et il est au courant mais ne dit rien
  • M. Doinel affiche avec une certaine fierté quelques tricheries (gruger son patron sur les notes de frais / tromper son épouse / etc.)

Dans la famille, le mensonge crée même la complicité. Le seul moment de relatif intérêt que montre Mme Doinel pour Antoine est le moment où elle cherche à acheter son silence, après avoir été surprise avec son amant.
Antoine vit un réseau de mensonges et le pratique, même avec démesure (« Ma mère est morte »). Il s’y enferme au point d’être dans l’incapacité d’avouer quelque chose.

De bêtise en bêtise, de mensonge en mensonge, chaque épisode aggrave la situation qui  dégénère au point de devenir intolérable.

Avec les élèves :

  • Repérer la progression des bêtises.
  • Repérer la préméditation dans les bêtises; Antoine passe d’un vol d’opportunité au « complot » qui organise le vol de la machine à écrire.
    Après avoir recensé avec les élèves, les différentes situations de vol, l’enseignant pourra mettre en valeur le choix de Truffaut de faire correspondre le style de tournage avec la nature du vol  :
    > vol d’opportunité = plan court
    > vol conscient et délibéré (chez les parents de René) = long plan séquence
    > vol prémédité (machine à écrire) = séquence entière
  • Discuter, évaluer l’action, l’épisode qui fait basculer Antoine dans la délinquance.
  • Examiner les (des) occasions dont Antoine aurait pu se saisir pour ne pas s’enfoncer dans la situation.

A noter que la spirale dans laquelle s’enferme Antoine est filmée avec tant de tendresse et de sensibilité qu’il nous reste sympathique.


 

 __  Quelques éléments choisis  __

_____    Le titre   _____

Avec les élèves, avant la projection :
  •   Expliquer ou faire expliquer l’expression « Faire les 400 coups ».
  • Lister des bêtises que les élèves s’attendent à voir durant la projection
Avec les élèves, après la projection : 
  • présenter le document de travail de Truffaut aux élèves
  • donner à lire ou lire  tous les titres
  • proposer aux élèves de les commenter et de donner leur avis en s’appuyant sur le contenu du film
  • proposer aux élèves de soutenir ou de contester le choix de Truffaut tout en apportant des arguments relevés dans le film ou perçus grâce à analyse du film
  • à partir des affiches d’autres pays (voir ci-dessus § l’affiche), faire découvrir d’autres choix de titres
  • proposer une recherche sur d’autres titres possibles.

_____    Dans le rotor   _____

Pour rappel : Antoine et René sont à la fête foraine. Antoine participe à une attraction en entrant  dans un rotor, alors que René resté à l’extérieur l’observe d’en-haut.

Dans cette  scène remarquable, Truffaut fait un clin d’oeil au cinéma:

  • la forme du rotor n’est pas sans rappeler celle des premiers jouets optiques (praxinoscope et zootrope) qui ont engagé les recherches qui ont mené à l’invention du cinéma.
  • dans le rotor, du fait de la force centrifuge, Antoine semble s’élever (gros plan sur ses pieds qui ne touchent plus le sol), il vit un moment hors du temps (gros plan sur son visage où se mêlent manifestations de plaisirs et d’inquiétudes).
    A la fin de la séquence, Antoine reprend pied dans la réalité, dans un déséquilibre lié à la fin de l’effet d’attraction. La scène est une métaphore du cinéma en ce quand un spectateur entre dans une salle de cinéma, il y vit un moment hors du temps, chargé d’émotions diverses et, en quittant la séance, il reprend pied dans la réalité.
  • la scène permet à Truffaut et à Antoine de se croiser dans le film. En effet, François Truffaut fait partie des personnes présentes dans le rotor aux côtés d’Antoine. Cherche t-il ainsi à attester sa présence dans le film ?

_____    Le dernier plan du film   _____400_coups_dernière

 

« À la toute fin, le gros plan de face et le regard caméra sont ouverture de l’espace des possibles de ce que sera le futur d’Antoine. » Extrait du  point de vue sur le film, rédigé par Jean-Michel Frodon pour le site Nanouk, site pédagogique d’enfants de cinéma.

Revoir le travelling de la scène finale.

Après avoir atteint son rêve, voir la mer; le symbole de la liberté, Antoine se trouve devant une impasse. Il fait quelques pas dans l’eau mais ne peut courir plus loin.

Il revient sur ses pas et …
le dernier plan fonctionne comme un défi lancé au spectateur. Il invite à imaginer une suite au film.
Ce défi est encore plus fort, du fait du regard caméra d’Antoine, c’est-à-dire du regard de l’acteur qui fixe la caméra, donc  le spectateur.  La principale fonction du regard caméra est de prendre le spectateur à témoin, de rechercher sa complicité.
Ici, le regard caméra d’Antoine  lance une vraie question: « Que croyez-vous savoir de ce qui va m’arriver ? ».
Ce final est d’autant plus impressionnant au regard de son caractère « autobiographique » du film.
Avec les élèves :

  • Proposer une lecture formelle de l’image utilisant un vocabulaire technique (plan fixe / premier plan / arrière plan / gros plan de face / regard caméra )
  • Demander aux élèves de faire des propositions pour  déterminer le regard d’Antoine : défi / crainte / plaisir / angoisse / mystère / révolte / détresse
  • Inviter à s’interroger sur ce qu’il va advenir d’Antoine
  •  Entrer dans une suite pour le film
    Et pour cela,
  • Plutôt que d’engager les élèves vers une narration (écrite ou orale), proposer, à l’instar de ce qu’a fait François Truffaut, de trouver quatre titres pour chacun des  films qui composeraient la série de 5 films qui raconte la suite de la vie d’Antoine.
    Un travail par groupe est à privilégier. Chaque groupe détermine, dans une durée plus ou moins longue dans le futur, les grandes lignes imaginées pour  la vie d’Antoine, établit 4 courts synopsis et invente 4 titres de film révélateurs de ces grandes lignes.
    Dans la classe, Antoine aura plusieurs futurs, tous différents.  A la lecture des titres de film, chacun doit pouvoir imaginer la suite de la vie d’Antoine.


 __  D’autres pistes possibles à explorer__

_____    Antoine et l’école    _____

« Je faisais l’école buissonnière en compagnie de mon ami Robert Lachenay. Lorsque l’un de nous deux se faisait renvoyer d’une école, l’autre s’arrangeait pour le suivre de peu, afin d’être toujours dans la même. Je venais quelques jours avant la fin du mois pour les compositions. Je me souviens qu’à une époque, nous séchions tellement, Robert Lachenay et moi, que nous avions fabriqué, à l’encre de Chine sur des chemises en carton, de faux carnets de notes que nous faisions signer à nos parents.
Un jour, Lachenay et moi, nous avions tellement manqué que nous n’osions plus retourner à l’école. On s’est dit : « Plus les excuses sont grosses, plus elles passent. »

Propos de François Truffaut
Extraits de l’exposition virtuelle de la cinémathèque française –  Pour lire plus d’anecdotes

Un travail autour de l’école de la manière dont l’école est présentée dans le film peut s’accompagner d’une réflexion sur l’école des années 50/60 et sur l’école d’aujourd’hui.
La complicité avec les grands-parents (ou/et des personnes de la génération des grands-parents) et des documents divers peuvent avantageusement  enrichir le propos.

A consulter:
Le site « Il était une fois l’école » Un musée qui fait revivre l’école de 1900 à 1960 (à voir: la rubrique les punitions )
Une liste de musées d’école en France

A visiter :
Le musée de l’école de Sainte-Marie-Aux-Mines (Haut-Rhin)

_____    Antoine et l’écriture   _____

Le film  affiche les démêlés d’Antoine avec l’écriture dans différentes situations. Un repérage de ces situations et des comportements d’Antoine face à l’écriture peut être porteur pour parler de sa propre relation à l’écriture, des difficultés face à l’écriture, des situations de plaisir, etc.

Voir une lettre  écrite par François Truffaut (site de la cinémathèque française)

 


 

____  D’autres points d’appui ___

___   Des bonus   ___

L’exposition virtuelle de la cinémathèque française consacrée à François Truffaut  avec des commentaires de Truffaut et des documents très intéressants; documents personnels (courriers / cahiers / photos / etc.) et documents de l’époque ( cartes postales / livres / photo de classe / affiches de cinéma / etc.)

Un court métrage tourné par Arte sur les liens entre la vie de Truffaut et ses films; une  autobiographie de Truffaut

François Truffaut parle de son film au festival de Cannes; un document de l’INA Institut National de l’Audiovisuel

Extraits de bouts d’essai de Jean-Pierre Léaud (you tube)

Extraits de casting pour le film sur le site de la cinémathèque, exposition virtuelle de la cinémathèque française – filmer les enfants

Extraits de la bande son, musique de Jean Constantin

___   Des critiques à lire   ___

Une critique de Edgar Hourrière, sur le site Avoir-Alire

Une critique de Margo Channing  sur le site Dvdclassik

___   Des dossiers professionnels   ____

Dossier pédagogique de l’académie de Caen; une belle documentation , des images sur Truffaut, sur ses réalisations et sur le film

Dossier du CNC pour collège au cinéma; une approche  du film, des points d’appui sur l’époque et quelques propositions pédagogiques



DES OUVERTURES CULTURELLES

 

 « Le cinéma est une amélioration de la vie parce qu’il est extraordinaire »      François Truffaut

logo-bas-rhin ___    Fabienne Py – Conseillère pédagogique en arts plastiques et visuels – DSDEN 67  _____