DES SITUATIONS D’ÉCRITURE CRÉATIVE

AVANT DE SE LANCER

A propos d’écriture créative et de rapport aux œuvres…

Les pistes d’écriture créative présentées ici reposent toutes le lien étroit entre une œuvre et un regardeur. Le regard sur l’œuvre facilite l’entrée en écriture et l’écriture permet
de s’approprier l’œuvre de façon intime.

Une phase d’approche de l’œuvre est tout de même nécessaire avant d’écrire. Elle ne doit pas être savante et rébarbative mais basée sur l’expression des ressentis, le croquis, le jeu. La structuration des connaissances liées à l’œuvre viendra ensuite pour confirmer les ressentis et les intuitions révélés par dessins et textes produits.

 

LISTES

Les listes sont une forme idéale pour entamer un processus d’écriture avec des élèves. Chacun participe à leur élaboration en fonction de son inspiration et de son niveau de maîtrise de la langue et l’ensemble des propositions, de la plus simple à la plus élaborée, forme le matériau d’un poème collectif que l’on peut s’amuser à composer ensuite selon des critères variables (rimes, thèmes, sonorités, anaphores, etc.).

L’écriture des propositions sur des étiquettes facilement manipulables facilitent ce travail de composition postérieur. Une même série d’étiquettes peut d’ailleurs donner lieu à la rédaction de plusieurs poèmes qui différeront par les critères de composition retenus pour chacun.

Idées de listes :

  • Faire l’inventaire de ce qu’on ne voit pas dans l’image (c’est souvent très révélateur des choix de son producteur)
  • Faire l’inventaire de ce qu’on aimerait demander à l’artiste (ou à l’auteur).
  • Faire l’inventaire de ce que pourrait être tel ou tel élément (si image abstraite).
  • Faire l’inventaire des couleurs (et de leurs nuances) / des gestes… (en fonction de la production plastique ou de l’œuvre observée).
  • … (à vous de jouer)

 

EXTENSION D’UNE PHRASE

On part de l’observation d’une œuvre, d’une image ou d’une production plastique.
On nomme un des éléments de l’image (chacun peut choisir un élément différent).
Puis, de ligne en ligne, on affine la description en rajoutant de plus en plus d’éléments au groupe nominal initial.

Idéal pour travailler les TICE une fois les textes produits au brouillon (copier-coller, mise en page…)

Exemple à partir de l’oeuvre de Canaletto, Vue de l’église de la Salute depuis l’entrée du Grand Canal, Vers 1727, ,45 x 60 cm, Musée des Beaux-Arts de Strasbourg.

Un nuage
Un nuage crémeux
Un nuage crémeux dans un ciel
Un nuage crémeux dans un ciel vaporeux
Un nuage crémeux dans un ciel vaporeux au dessus du canal
Un nuage crémeux dans un ciel vaporeux au dessus du canal glauque

 

 

 

DÉBUTS DE PHRASES

On donne aux élèves (ou on pioche ou on fait choisir) des débuts de phrases à compléter en regardant une image.
Pour que les textes soient intéressants, il faut que l’approche soit subjective et que l’élève soit impliqué dans son observation. On lui proposera alors de s’imaginer entrer dans l’image ou d’incarner un des personnages s’il y en a.

Quelques exemples de débuts de phrases :

  • Je suis… / Je pense à… / J’aimerais tellement… / Mais…
  • J’entends… / Je me sens… / Bientôt je…
  • J’aimerais vous dire / Je me souviens…
  • Imagine / Ecoute / Souviens-toi…
  • Et si c’était…
  • Parfois / Jamais / Toujours / Avant / Il y a longtemps / de temps en temps / bientôt/ Quelquefois / En ce moment / Maintenant…
  • Ici / En ce lieu/ Ici même / Très loin / Sur le banc, là / ailleurs / loin / A cet endroit…
ANAPHORES

A partir d’une image ou d’une oeuvre, et d’un début de phrase que l’on propose en reprise anaphorique on demande aux élèves de réaliser un poème (des réponses individuelles peuvent s’agréger et devenir un poème collectif).

Exemples d’anaphores intéressantes à utiliser devant des images :

  • Peut-être que…
  • Et si…

Exemple de production d’une classe de CE2-CM1 (école Sainte-Madeleine, ) à partir d’un tableau de Corot, « Coup de vent » (1865-1870) conservé au Musée des beaux-Arts de Reims.

Coup de vent

Peut-être que le vent est infini.
Peut-être que les arbres sont des génies endormis.

Peut-être que la femme cherche son enfant.
Peut-être que cet homme est le dieu du vent.

Peut-être que la femme pleure
car une fleur fane dans son cœur.

Peut-être que sous le chemin il y a de l’or.
Peut-être que cette campagne existe encore.

 

STRUCTURE IMPOSÉE

A partir d’une image ou d’une œuvre, on lance les élèves dans l’écriture d’un texte en leur en imposant la structure.

Exemple : Kandinski, Vers le bleu, MAMCS

Pour aller vers le bleu il faut :
D’abord…
Ensuite…
Enfin….

 

 

 

CADAVRES EXQUIS

1e phase – description

La description d’une production ou d’une œuvre sera l’occasion d’une recherche d’expressions de natures différentes qui pourront servir à la composition de phrases :

  • Liste de sujets potentiels : groupes nominaux que les élèves seront invités à enrichir par des adjectifs qualificatifs ou par des subordonnées (éléments observés dans l’image)
  • Liste de verbes à l’infinitif éventuellement accompagnés de compléments du verbe (actions observées dans l’image ou simplement suggérées, voire verbes d’état)
  • Liste de compléments circonstanciels inspirés par l’observation de l’image.

2e phase : composition

Dans les deux cas, les élèves sont invités à composer des phrases poétiques, indirectement inspirées par l’image, en puisant dans les listes établies au moment de la recherche.

  • Soit, en utilisant le hasard : en piochant et en assemblant les étiquettes (une de chaque couleur) pour tenter de composer une phrase poétique (si l’image ainsi obtenue n’est pas intéressante, on repioche…)
  • Soit chacun puise dans toutes les expressions notées au tableau pour composer librement un poème personnel.

Les ajouts de mots sont bien sûr permis (et encouragés), les contraintes et les règles du jeu étant toujours là pour libérer l’écriture et la créativité et non la bloquer.

 

PORTRAITS CHINOIS

Et si l’image était…

un sentiment/ un personnage (sauf s’il s’agit d’un portrait) / un lieu (sauf s’il s’agit d’un paysage) / une odeur / une musique / une recette de cuisine…

C’est une manière détournée d’exprimer ses ressentis que l’on peut ensuite interroger pour déterminer ce qui, dans l’image a suscité telle ou telle réponse.

 

MOTS IMPOSÉS

L’enseignant donne un début de phrase puis donne un mot supplémentaire toutes les minutes (on limite le 1er jet à 5 mots, donc 5 Résultat de recherche d'images pour "portrait durazzo van dyck strasbourg"minutes). La contrainte est d’inventer l’histoire en y incluant au fur et à mesure les mots imposés. Chaque mot est intégré dans l’histoire avant que l’auteur connaisse le mot suivant.

Les élèves ont écrit à partir du tableau d’Antoine Van Dyck, Portrait d’une dame de la famille Durazzo, (1621-1623) conservé au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg.

Début de phrase imposé : « Jamais je ne vous dirais… » (c’est le portrait qui parle)

Mots donnés : clé, chaussure, ombre, vert pistache, paravent.

 

 

TEXTES LONGS DE FICTION

L’enseignant invente un sujet qui implique l’élève qui écrit dans son observation de l’œuvre.

L’idée est d’engager l’élève qui écrit à s’impliquer émotionnellement dans l’observation de l’image et dans l’écriture de son texte. Pour cela on peut lui suggérer d’incarner un personnage ou de s’imaginer vivre la situation montrée par l’image…

– Par exemple, face au portrait de ce jeune homme peu séduisant peint par Barocci au XVIe siècle et conservé au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg, on peut penser au sujet suivant : Imaginez que vous êtes une jeune fille noble mais pauvre et que vos parents ont décidé de vous marier à un jeune homme riche. On vient de vous apporter son portrait. Après l’avoir longuement regardé, vous écrivez une lettre à votre meilleure amie…